10/11/2009

Les jardins sans roses


CB Trop tard pour porter des seaux de larmes dans des jardins sans roses. Donner à la chose la main endolorie, saisir dans un sommeil clos des fleurs jamais écloses. Cueillir des choses inappropriées sur les chemins de nulle part, s’abandonner à un chagrin qui nous vient par hasard. Fredonner un air sous un Ciel labouré en vain où jaillissent éphémères des étoiles écarquillées. Rêver des morts, rêver dans l’écorce des couvertures, rêver ses remords en quadrature. Dans une lumière si forte que la disparition est une jeunesse atroce, voir tes traits battre la monnaie du souvenir. Cet écu le mettre en poche, poser les seaux, ravaler ses larmes, embrasser tes paupières qu’emporte le vent, comme les roses, comme tes roses. Et fuir enfin les jardins déserts de mes nuits, jusqu’aux lendemains infinissant où la peine seule comme un fruit me désaltère

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14/08/2009

Ceci n'est pas une vieille dame

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Dessin de Jonas (2007)

Assise au Mokafé, dans les galeries de la Reine, il y a cette parlote qui m’empêche de lire. Ses yeux sont noirs comme le marc d'une prophétie inavouable. Elle dit qu’ils n’ont rien compris de la violence des hommes venus sans barbe, qu’ils ont la tête trop près du bonnet. Elle dit qu’ils sont fous, qu’ils sont nombreux, qu’ils sont déjà morts. Elle dit que les ruines sont innombrables et invisibles. Elle dit que Magritte est parti sans dire ce que c’était, mais que ce n’est pas une pipe. Elle dit qu’elle voit ce qui détachera le Ciel si ce n’est pas Dieu lui-même. Elle se lamente pour lui, pour vous, pour elle-même… Et boit son café froid au terme de ses litanies sans fin. Elle porte un béret étrange et une écharpe que le vent défait peu à peu de ses bribes de laine. Elle renonce à l’été à jamais, comme quelqu’un qui se sait éloignée déjà de son image, de l’image qu’elle a d’elle-même. Elle est une vieille dame bavarde à la terrasse d’un café brun, et elle déverse dans l’air ses mots emplis de tabac furieux. Ceci n’est pas une vielle dame, c’est l’image d’une vieille dame. Elle est morte déjà et bien plus que ne saurait être une autre que je sais loin de là, alitée et faible, qui doit sans cesse se remémorer l’histoire de sa vie avant que la vie elle-même ne se passe d’elle et de ses souvenirs. Cette autre qui se retient à son propre sort et ne lâchera pas prise. Et la pythie de pacotille parle, elle parle, et pour ne rien dire que son ignorance, elle parle comme pérore d’ordinaire les bruxelloises ordinaires. Et je m’interroge. Au fond, doit-on lui dire ce qu’a peint Magritte ? Au fond, ne le sait-elle pas déjà mais l’ignore encore. Et le vent ne détache-t-il d’elle que des lambeaux de laine ou y-a-t-il bien plus que cela ? Au chevet de celle que nous aimons et qui sait se faire discrète, ce soir là, j'avais envie de lui dire ce qu'il avait peint. Pour de vrai. Mais je me suis tu. Et je me tairai, car il ne faut pas parler des rêves à ceux dont on refuse le sommeil.

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29/07/2009

Chien de moi

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Des souvenirs, éthérer le sel, déréaliser les souvenirs salins des mères, émerger soudain des infernales saveurs amères de la solitude délétère, émarger de sa sémiotique émigration, de sa démiurgique salaison, défaire, refaire, se repaître d’éphémère. De l’amitié refaire le chemin sur les terres d’une mer trop saline et détourer l’insondable sur un plan qui devrait persister dans l’inexistence, se faire un chemin de panurge involontaire. Sur les tristes évaporations dont à Trieste, la raison m’a fait admettre la déraison nécessaire aux tristesses, et le songe des roses, et l’acceptation du renom, du déni, de la dénégation improbable, de l’impromptu infini, de l’insoumission mésamie, des évaporations douces de toutes choses, sur ces tristesses, donc, se redire son nom, s’en refaire pour soi seul la prononciation. Reculer, revenir, dénoncer à soi seul l’unique impromptu de nos inconnus amniotiques. De nos anfractuosités  de marins extatiques d’avant la naissance, d’avant l’impuissance, d’avant l’ignorance, d’avant l’impuissance, d’avant la sénescence et la pré-séquence. Comme une préscience vaine, comme un amour amène, comme un déchet de haine, comme un délire de hyène, comme un fertile iguane dans l’âme, comme un subtil reptile idoine dans l’hymen. Comme un nœud d’avant toi dans le ventre de ta mère. Reculer, revenir, retourner à cet enfer anal d’où ne revient que la défloraison des souvenirs, la déportation de ton ignorance propre, de tes fantômes ingénus, de tes imaginaires déchus, des mots que tu n’oses, des colères que tu portes dans le reproche, des soumissions à la coulpe chrétienne… Des souvenirs éthérer le sel, se repaître d’éternel, de misère, de bêtises et de colères et n’y jamais renoncer en dépit de l’existence. Subsister enfin et ne pas renoncer.     

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09/06/2009

Lettre à G.

lettre à G
Tu as toujours voulu que j'écrive pour toi ici, sur cette page inscrite dans une sorte d'éternité de sentiments dans une archive de nos quotidiens baignés de joies et de peines. Je ne peux t'écrire les sentiments que nous devrions partager toi et moi parce que tu les ignores, parce que nous t'en préservons. Mais je peux écrire à la femme que tu seras, à celle que j'espère que tu deviendras et qui peut-être relira ceci quand sera venu pour toi le temps. Tu l'ignores encore, mais la haine est dans le détour qu’empruntent tes yeux avant de pouvoir se poser sur nous. Dans ce détournement suspect qu’on t’a imposé, suggéré, contre notre amour, contre notre désir d’être auprès de toi, de te voir grandir, de participer à l’éveil de ta prometteuse personnalité, d’être tes pères et tes frères, tes anciens et ton passé, ton avenir, ta famille. Dans ce rapt infernal dont on ne te laissera admettre que trop tard combien il t’injurie autant que nous-mêmes, il y a de trop orgueilleux motifs pour que nous comprenions jamais. Et dans la complicité de cet enlèvement, de cet arrachement qui nous spolie tous d’un peu de nous-mêmes, il y a bien trop de bêtise pour que nous admettions jamais ni le comportement des juges, ni l’attitude désinvolte des avocats, ni la complaisance des témoins, ni l’aplomb des insultes que nous devons ravaler. Un jour tu sauras de quoi cette haine fut cause et combien en simple objet d’orgueil on a cherché à étrangler ce que tu es et ce que nous sommes pour parfaire cette image d’amour univoque qu’il plait tant à ta mère de confire dans son immense déraison. Nous ne l’avons jamais haïe, nous n’avons jamais dénié la mère qu’elle est, ni non plus ce qu’elle peut elle-même souffrir dans la séparation de toi. Nous n’avons jamais souhaité ternir l’image que tu as d’elle, et pourtant… Pour conserver sur nous l’immense bonheur de te voir grandir, elle a fait de nous des menteurs, des traitres, des imbéciles, des lâches et des malfaisants. Elle a mis ces mots dans la bouche d’autres que le tribunal laisse parler librement. Elle nous a salis, elle nous a détruits et de cette entreprise de destruction elle récolte aujourd’hui le produit. C’est notre amour pour toi que l’on juge. C’est la dignité que nous avons d’être auprès de toi. Aujourd’hui, par la force de ces mensonges, de ces injures injustes, de ces manipulations glaciales, nous sommes mal-aimants, nous sommes indignes, nous sommes moins qu’une famille. Un jour tu sauras, et tu sauras aussi qu’il sera trop tard. Tu sauras où nous avons failli, où nous avons manqué à notre devoir de te dire de quoi il est bon de te méfier pour ne pas grandir dans le mensonge et l’orgueil. Tu sauras ce que c’est peut-être que de manquer d’une famille parce que c’est autour de toi que nous sommes tous, parce que nous sommes aussi ton passé et aussi ton avenir si tu veux bien grandir un peu avec nous et parce que nous ne grandirons plus sans toi.

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22/05/2009

Des milliers

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Nous avons fui les clairs de lune. Réintégré l’armée des chiens, de ceux qui courent devant les loups. Nous avons ri et pâli et joué et détourné d’entières confréries d’étoiles. Nous avons déjoué les espiègleries et engagé nos sœurs aussi à renaître avec nous dans le gonflement d’horizontales voiles. Demain n’est plus qu’à un crépuscule. Nous avons fui les clairs de lune et reconquis les gémonies. On ne nous suppliciera plus dans les aubes nouvelles. Nous avons tant de mains que la nuit se fissure dans nos bras qui l’enserrent. Nous avons tant de cœurs qu’à nos oreilles rien d’autre ne bat. Nous avons tant de plaisir désormais que les puciers à l’ombre ploient sous nos repos sans combat. Nous avons fui les clairs de lune et sommes demeurés perdus au monde, soucieux que nul ne nous retrouve jamais qu’inondés de victoires sur la nuit entamée. Nous sommes des milliers à vous découvrir le front et à y lire la quiétude où sont plongées les ombres. Nous sommes des milliers à baiser vos mains et embrasser vos souffles. Nous sommes des milliers et seuls. Tous éperdus de vous. Et tous au fond de moi.

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27/04/2009

La quadrature

quadrature
J’ai entrevu les dimensions obscures de votre sensibilité, l’inversion des natures, votre impossible satiété. Puis les implacables émotions, les jurons indomptables qu’il a bien fallu ravaler, les amours en ratures, les voitures sans charretiers. Aperçu les effrois sans mesure, les dimensions obscures de votre sensibilité, votre affection en quadrature. Considéré les équations immatures, Vu l’apocope sur votre nom en signature, invention de la sympathie agréable au bas des lettres : JE VOUS PRIE D’AGRER, EN RETOUR, L’EXPRESSION DE MES CORDIALES BRISURES. J’ai entrevu la solution dans l’ébriété des femmes qui jurent. Entendu les témoins de vos blessures et saint Thomas m’a visité. J’ai entendu votre déconfiture et lu les chiffres de votre entreprise de séduction avortée. J’ai vu la démesure dans la faillite de votre sourire. J’ai entrevu les dimensions obscures de votre sensibilité, votre affection en quadrature. J’ai résolu de me confondre à l’asymptote de votre fuite, à votre silence en courbure.  ET J'AI CARESSE TROP SOUVENT LE CERCLE DE VOTRE AFFECTION EN QUADRATURE.

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15/04/2009

Le lit de mes heurts

lit de mes heurts
On avait dit à l’enfant qu’il fallait gagner le lit. Et sa victoire sur le pucier, c’était sa prophétie. On lui avait dit de gagner le lit, qu’importent les coups les sanglots et les cris. Le lit de mes heurts c’est un lit une personne, une personne dans un pli, une personne dans un cri, une personne dans un ennui. Une personne- j’y dors seul j’y ris seul j’y pleure seul j’y jouis seul- drapé dans un cri, drapé dans un pli, drapé d’ennuis. Le lit de mes heurts est celui d’un gisant qui ne ressemble qu’à moi seul. Dans le lit de mes heurts, dans mon histoire récitée par cœur, l’épopée de mes erreurs, on dit que dormir est un leurre. Recraché trois fois (2h, 4h20, 6h) cette nuit (du 13 au 14 avril 2009) du lit de mes heurts (180x70cm) sommeil gâché (environ 6h50) solde insuffisant vainement atteint (environ 2h20). Pour peu qu’on soit. Et qu’on soit de bonne humeur. On peut se faire violence, les yeux en révérence, dans le lit de mes heurts. On se retourne encore dans le lit de mes heurts. On charrie des cauchemars on brasse des soupirs par-dessous l’oreiller, dans le lit de mes heurts. On ne peut parler la gorge nouée dans le silence de la nuit, dans cette contagion des certitudes blêmes dont elles sont atteintes, dont elles s’intoxiquent elles-mêmes, je veux dire les absentes, je veux dire les anéanties. On ne peut étrangler d’un regard leurs lèvres et leurs fards de chimères. On ne peut détrôner leurs silences, leurs sourires épars. Dans le lit de mes heurts, on dort comme on meurt. Succube, vous dormez sur le seuil de cette demeure.

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14/04/2009

Nous tuons

Nous tuons
On peut tuer. Et nous tuons. On peut tuer les princesses qui boivent pour de bon notre vie à la ficelle. Nous tuons, nous buvons. Tuer les démons qui disent parler à l’homme dont elles se sont fait une religion. Nous tuons et taisons la douleur de celui dont elles arrachent les traits et torturent le nom. Nous tuons. On peut tuer les princesses qui écrivent en jargon qu’elles n’aimaient, n’aiment, n’aimeront. On peut tuer les princesses qui n’ont pas d’illusions mais pleurent sur le seuil sur les clés et leur renom. Nous tuons, nous partons. On peut tuer les princesses qui n’ont que protocolaire compassion, une épaule pour pleurer et l’autre comme un affront. On peut tuer les princesses dont dansent les yeux sur nos pardons. On peut tuer les princesses et leurs présents moribonds. On peut tuer. Nous tuons. On peut tuer les princesses. On peut tuer les princesses qui aiment votre souci d’être dans leur giron. On peut tuer les princesses comme on crève les ballons, comme on intime la colère et dissipe les soupçons. On peut tuer les princesses. Et nous tuons. Nous tuons.

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06/04/2009

Rimbaud rampant

 

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MOI
me faire traiter, c’est aimable. Merci de m’avoir fait remarquer. La marque irrémédiable. Merci de m’aimer. RIMBAUD RAMPANT, vous m’avez appelé, il fallait oser et puis merci quand même, merci de m’aimer. Rimbaud rampant traîne l’appât, s’entraîne lentement, s’étrenne au trépas, s’épand en un repas (jadis, si je me souviens bien, la vie était un festin) Rimbaud rampant, dérapant, s’éprenant, se méprenant, confus, pédant, indigeste, mourant, gisant. DRÔLE D’OISEAU, balle à blanc, pieds ailés, geôle de MUSEE, génie usé, muses rusées, Rimbaud rampant muselé. Rampant l’insomnie, déroulant le tapis noir, drapeau blanc en berne également, Rimbaud rampant pas beaucoup d’âme, des fusils par bateau, des canons, des courants dans les voyelles. Des cigarettes de contrebande, des voilettes de sarabandes liturgiques, des toilettes de mécréants malades (qui ont vu quelques fois) par des infirmières CATHOLIQUES (ce que l’homme a cru voir), des hôpitaux inhospitaliers, en enfer, tout autant, des amputations, des ambulanciers, des brancards, des cocard, DES CAMES. Rimbaud rampant, des soupirs, des amours usées, des vampires, des oreillers de chair, des rêves surannés. La mer s’abîme elle-même, le silence raisonne suprême, la terre sidérée sous nos pieds nous sème. VOIR (SE) des têtes éclatées, des soleils tournoyer, des lumières dilatées, des hivers longs comme l’été, des silences dynamités. Rimbaud rampant. L’éternité pour y PENSER.

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01/04/2009

Sur quoi le temps passe

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Quand les nuages n’étaient encore que des nuages. Quand tu n’avais pas sur moi ces avances là. Quand tu n’avais pas fui loin devant. Quand les tourments n’étaient encore que des tourments. Et quand les immensités de nos quotidiens se laissaient prendre au piège d’un éclat de rire. Quand le sourire indigent d’une étoile esseulée n’était qu’une étape avant une apocalypse de clarté. Quand le souffle lent et lourd des amants ne se ravivait qu’à la force de matins clairets. Quand le désespoir n’était encore que le désespoir. Quand les sangles se sont nouées. Quand le train s’en est allé. Quand la mer a disparu et la côte et la fumée. Quand le détour n’était encore qu’un détour. Quand l’amour n’était encore que de l’amour. Et la mélancolie une idée, et l’enfer un sonnet. Quand tout ne s’était pas encore arrêté sur un mot de toi. Quand je vivais pour vivre. Quand les nuages moutonnaient pour moutonner. Quand il n’y avait ni beauté ni vérité ni justice. Quand je te vivais, quand je me mentais, quand je me vivais, quand je te mentais. Quand l’hiver a cessé. Quand le jour s’est mutiné. Quand les retours ont cessé. Quand les absences se mesuraient aux courses du soleil. Quand rien n’était encore emporté. Quand rien ne devait survivre et que tout survivait. Quand l’image s’est tue et la voix s’effaçait. Quand je te voyais pour ne plus te revoir. Quand les voyages n’étaient encore que des voyages. Et les détours des détours. Et les ombres des ombres. Et les silences des silences. Et quand je n’étais encore que moi. Quand le temps est passé sur tout ça.

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31/03/2009

C'est moi

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La nuit ne me dévore plus. C’est moi. C’est moi sur la nuit, qui dévore ma peine. Le jour ne me mord plus. C’est moi. C’est moi dans les éblouissements des yeux, qui croque et ronge vos regards heureux. Les femmes ne me sont plus belles. C’est moi. C’est moi qui appelle ces yeux-là sur elles, c’est moi par qui l’on voit. Les longueurs, plus rien d’éternelles. C’est moi. C’est moi qui déchire, c’est moi qui morcelle les heures, c’est encore moi. Son absence à elle. C’est moi.  C’est moi son silence, c’est moi son absence, c’est moi sa haine. C’est moi.  

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22/10/2008

J'ai perdu le chemin du Monomotapa

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Le Monomotapa est le royaume véritable de l'or imaginaire. on y puise la richesse au fond des rivières, tout y prospère, rien n'y meurt que ce qui est vain. On y a pour devise que seule l'ingratitude sera refusée aux ingrats, l'amitié y est portée haut, on se lasse pas d'y aimer ses amis. Le royaume a fermé ses lourdes portes sur moi, je me suis égaré, j'ai perdu le chemin du Monomotapa. La nuit ne me rendra rien de ce que le jour me dérobe aube après aube. Tu ne me reverras pas, mes yeux ne se lèveront plus. La route est inondée et la fortune épuisée. Il est loin désormais, mon Monomotapa.

"Les deux amis

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :
    Les amis de ce pays-là
    Valent bien dit-on ceux du nôtre. 
Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,
Et mettait à profit l'absence du Soleil,
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :
Il court chez son intime, éveille les valets :
Morphée avait touché le seuil de ce palais. 
L'Ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme ;
Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme
À mieux user du temps destiné pour le somme :
N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? 
En voici. S'il vous est venu quelque querelle,
J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés : voulez-vous qu'on l'appelle ?
— Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point : 
    Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ;
J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru.
    Ce maudit songe en est la cause.
Qui d'eux aimait le mieux, que t'en semble, Lecteur ? 
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose.
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
    Il vous épargne la pudeur
    De les lui découvrir vous-même. 
    Un songe, un rien, tout lui fait peur
    Quand il s'agit de ce qu'il aime."

Jean de La Fontaine

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09/10/2008

Vingt et uns jours et l'éternité humaine.

21 jours d'un neursthénique
Les vingt-et-uns jours d'un neurasthénique de Mirbeau m'a laissé un souvenir très étrange, teinté d'admiration pour la pose bourgeoise et cynique et arrêté sur le pressentiment que ce texte, plus fort que les arrangues d'Albert Londres, plus dense et efficaces que les cris de Zola (la colonisation, les bagnards, l'Affaire Dreyfus,...) ne l'emportait- comme tout du reste- que par sa cruauté. Le genre humain aurait-il tant à boire de noir orgueil et de cruels tableaux pour assoiffer son voeu de beauté ?  

"Il y a quelques années de cela, le général Archinard, désireux d’ajouter, à sa gloire de soldat, un peu de gloire littéraire, fit paraître dans La Gazette européenne une série d’articles, où il exposait ses plans de colonisation. Les plans étaient simples mais grandioses. J’y relevai les déclarations suivantes:

« Plus on frappera coupables ou innocents, plus on se fera aimer. »

Et ailleurs :

« Le sabre et la matraque valent mieux que tous les traités du monde. »

Et encore :

«... En tuant sans pitié, un grand nombre. »

Ayant trouvé ces idées, non point nouvelles, mais curieuses en soi, je me rendis chez ce brave soldat, dans le but patriotique de l’interviewer. Ce n’est point chose facile de pénétrer jusqu’à cet illustre conquérant, et je dus parlementer longtemps. Par bonheur, je m’étais « en haut lieu » prémuni de lettres et de références devant lesquelles il n’y avait, même pour un héros de sa trempe, qu’à s’incliner. Le général n’opposa donc, pour la forme, qu’une résistance d’ailleurs assez molle, et il finit par me recevoir... Dieu sait si le cœur me battait fort, lorsque je fus introduit près de lui.

Je dois dire qu’il m’accueillit avec cette brusquerie charmante que, chez messieurs les militaires, on peut appeler de la cordialité. Cordialité joviale et ronde et plaisant à l’esprit d’un Français qui a lu M. Georges d’Esparbès. Vêtu d’un burnous rouge, il était assis sur une peau de tigre et fumait, à la mode arabe, un énorme narghileh. Sur son invitation brève comme un commandement, que j’eusse... une, deusse !... une, deusse !... à m’asseoir, sur une peau de simple mouton, en face de lui, je ne pus me défendre, en obtempérant à ses ordres, de ressentir une vive émotion ; et, à part moi, je tirai, de la différence hiérarchique de ces fourrures, des philosophies grandioses, non moins que de peu consolantes analogies.

– Pékin ?... Militaire... ? Quoi ?... Qu’est-ce que vous êtes ?...

Telles furent les interrogations rapides et successives dont m’assaillit le général.

– Territorial ! répondis-je, conciliant.

Un : peuh ! peut-être un : pouah ! sortit de ses lèvres, dans un gargouillement de mépris, et j’aurais, certes, du seul fait de mon aveu centre-gauche et amphibologique, passé un mauvais quart d’heure comme on dit, si une espèce de petit négrillon, bizarrement costumé, n’était entré, à ce moment, portant un plateau, sur lequel il y avait de nombreuses bouteilles et des verres. C’était l’heure tranquille où les héros vont boire.

Je me réjouis d’arriver à cette heure providentielle de l’absinthe.

– Gomme ?... Curaçao ?... Quoi ?... me demanda abréviativement le glorieux soldat.

– Pure, général...

Et je vis, au sourire approbateur par quoi fut accueillie cette martiale déclaration, que je venais de me conquérir la bienveillance et, peut-être, l’estime du grand Civilisateur soudanais.

Tandis que le général préparait, selon des rites méticuleux, les boissons apéritives, j’examinai la pièce, autour de moi. Elle était très sombre. Des étoffes orientales ornaient les fenêtres et les portes d’une décoration un peu surannée, un peu trop rue du Caire, à mon goût du moins. Aux murs, des armes, en panoplie, des armes terribles et compliquées, reluisaient. Sur la cheminée, entre deux vases où s’érigeaient, en guise de fleurs, des chevelures scalpées, la tête d’un jaguar empaillé mordait de ses crocs féroces une boule en verre au centre de laquelle le cadran d’une toute petite montre faisait les heures captives, transparentes et grossissantes. Mais ce qui attirait le plus mon attention, c’étaient les murs eux-mêmes. Sur toute leur surface, ils étaient tendus de cuir, d’un cuir particulier, de grain très fin, de matière très lisse et dont le noir, verdâtre ici, et là mordoré, m’impressionna, je ne sais pourquoi, et me causa un inexprimable malaise. De ce cuir, une étrange odeur s’exhalait, violente et fade à la fois, et que je ne parvenais pas à définir. Une odeur sui generis, comme disent les chimistes.

– Ah ! ah ! vous regardez mon cuir ?... fit le général Archinard, dont la physionomie s’épanouit, soudain, tandis que ses narines dilatées humaient, avec une visible jouissance, le double parfum qui s’évaporait de ce cuir et de cette absinthe, sans se mélanger.

– Oui, général...

– Vous épate, ce cuir, hein ?

– Il est vrai, général !...

– Eh bien, c’est de la peau de nègre, mon garçon.

– De la...

– ... peau de nègre... Parfaitement... Riche idée, hein ?

Je sentis que je pâlissais. Mon estomac, soulevé par un brusque dégoût, se révolta presque jusqu’à la nausée. Mais je dissimulai de mon mieux cette faiblesse passagère. D’ailleurs, une gorgée d’absinthe rétablit vite l’équilibre de mes organes.

– Riche idée, en effet... approuvai-je.

Le général Archinard professa :

– Employés de cette façon, les nègres ne seront plus de la matière inerte, et nos colonies serviront du moins à quelque chose... Je me tue à le dire... Regardez ça, jeune homme, tâtez-moi ça... Ça fait de la maroquinerie premier choix... Hein ?... ils peuvent se fouiller, maintenant, à Cordoue, avec leur cuir...

Nous quittâmes nos fourrures et nous fîmes le tour de la pièce, en examinant minutieusement les bandes de cuir exactement jointes dont les murs étaient recouverts. À chaque minute, le général répétait :

– Riche idée, hein ?... Tâtez-moi ça... Joli... solide... inusable... imperméable... Une vraie mine pour le budget, quoi !

Et moi, affectant de vouloir m’instruire sur les avantages de cette corroierie nouvelle, je lui posai des questions techniques :

– Combien faut-il de peaux de nègres, général, pour tendre une pièce comme celle-là ?

– Cent neuf, à peu près, l’une dans l’autre... la population d’un petit hameau. Mais tout n’est pas utilisé, pensez bien... Il y a, dans ces peaux, principalement dans les peaux de femme, des parties plus fines, plus souples, avec quoi l’on peut fabriquer de la maroquinerie d’art... des bibelots de luxe... des porte-monnaie, par exemple... des valises et des nécessaires de voyage... et même des gants... des gants pour deuil... Ha ! ha ! ha !

Je crus devoir rire, moi aussi, bien que ma gorge serrée protestât contre ce genre de gaieté anthropophagique et coloniale.

Après une inspection détaillée, nous reprîmes position sur nos fourrures respectives, et le général, sollicité par moi à des déclarations plus précises, parla ainsi :

– Quoique je n’aime guère les journaux, d’abord, et ensuite les journalistes, je ne suis pas fâché que vous soyez venu... parce que vous allez donner à mon système de colonisation un retentissement considérable... Voici, en deux mots, la chose... Moi, vous savez, je ne fais pas de phrases, ni de circonlocutions... Je vais droit au but... Attention !... Je ne connais qu’un moyen de civiliser les gens, c’est de les tuer... Quel que soit le régime auquel on soumette les peuples conquis... protection, annexion, etc, etc... on en a toujours des ennuis, ces bougres-là ne voulant jamais rester tranquilles... En les massacrant en bloc, je supprime les difficultés ultérieures... Est-ce clair ? Seulement, voilà... tant de cadavres... c’est encombrant et malsain... Ça peut donner des épidémies... Eh bien ! moi, je les tanne... j’en fais du cuir... Et vous voyez par vous-même quel cuir on obtient avec les nègres. C’est superbe !... Je me résume... D’un côté, suppression des révoltes... de l’autre côté, création d’un commerce épatant... Tel est mon système... tout bénéfices... Qu’en dites-vous, hein ?

– En principe, objectai-je, je suis d’accord avec vous, pour la peau... mais la viande, général ?... que faites-vous de la viande ?... Est-ce que vous la mangez ?

Le général réfléchit pendant quelques minutes, et il répliqua :

– La viande ?... Malheureusement, le nègre n’est pas comestible ; il y en a même qui sont vénéneux... Seulement, traitée de certaine façon, on pourrait, je crois, fabriquer avec cette viande des conserves excellentes... pour la troupe... C’est à voir... Je vais soumettre au gouvernement une proposition dans ce genre... Mais il est bien sentimental, le gouvernement...

Et ici, le général se fit plus confiant :

– Ce qui nous perd, comprenez bien, jeune homme... c’est le sentiment... Nous sommes un peuple de poules mouillées et d’agneaux bêlants... Nous ne savons plus prendre des résolutions énergiques... Pour les nègres, mon Dieu !... passe encore... Ça ne fait pas trop crier qu’on les massacre... parce que, dans l’esprit du public, les nègres ne sont pas des hommes, et sont presque des bêtes... Mais si nous avions le malheur d’égratigner seulement un blanc ?... Oh ! la ! la !... nous en aurions de sales histoires... Je vous le demande, là, en conscience... Les prisonniers, les forçats, par exemple, qu’est-ce que nous en fichons ?... Ils nous coûtent les yeux de la tête, ils nous encombrent et ils nous apportent, quoi ?... quoi ?... Voulez-vous me le dire ?... Vous croyez que les bagnes, les maisons centrales, tous les établissements pénitentiaires ne feraient pas de merveilleuses et confortables casernes ?... Et quel cuir avec la peau de leurs pensionnaires!... Du cuir de criminel, mais tous les anthropologues vous diront qu’il n’y pas au-dessus... Ah ! ouitche !... Allez donc toucher à un blanc !...

– Général, interrompis-je, j’ai une idée... Elle est spécieuse, mais géniale.

– Allez-y !...

– On pourrait peut-être teindre en nègres les blancs, afin de ménager le sentimentalisme national...

– Oui... et puis...

– Et puis, on les tuerait... et puis, on les tannerait !...

Le général devint grave et soucieux.

– Non ! fit-il pas de supercherie... Ce cuir ne serait pas loyal... Je suis soldat, moi, loyal soldat... Maintenant, rompez... j’ai à travailler...

Je vidai mon verre, au fond duquel restaient encore quelques gouttes d’absinthe, et je partis.

Cela me fait tout de même plaisir, et me remplit d’orgueil, de revoir, de temps en temps, de pareils héros... en qui s’incarne l’âme de la patrie."

Octave Mirbeau, les 21 Jours d'un neurasthénique, 1901 (à mon avis l'ouvrage n'est plus guère disponible que dans les oeuvres complètes d'OM, chez Buchet Chastel/les amis d'Octave Mirbeau - Tome III)

 

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Noir honneur

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Pourquoi ai-je aujourd'hui tant de noir réconfort à penser à l'honneur ? 

"WESTMORELAND.--Oh! que nous eussions seulement ici dix mille de ces hommes qui se reposent aujourd'hui en Angleterre!

(Entre le roi.)

LE ROI.-- Quel est celui qui fait ce voeu? Vous, cousin Westmoreland? Non, mon beau cousin: si nous sommes destinés à mourir, nous sommes assez nombreux, et notre patrie perd assez en nous perdant: si nous sommes destinés à vivre, moins nous serons de combattants, plus notre part de gloire sera riche. Que la volonté de Dieu soit faite! je te prie de ne pas souhaiter un seul homme de plus. Par Jupiter, je ne convoite point l'or, ni ne m'inquiète qui vit et prospère à mes dépens: peu m'importe si d'autres usent mes vêtements: tous ces biens extérieurs ne touchent point mes désirs; mais si c'est un crime de convoiter l'honneur, je suis le plus coupable de tous les hommes qui respirent. Non, non, mon cousin, ne souhaitez pas un Anglais de plus. Par la paix de Dieu, je ne voudrais pas, dans l'espérance dont mon cœur est plein, perdre de cette gloire, ce qu'il en faudrait seulement partager avec un homme de plus. Oh! n'en souhaitez pas un de plus! Allez plutôt, Westmoreland, publier, au milieu de mon camp, que celui qui ne se sent pas d'humeur d'être de ce combat, ait à partir: son passeport sera signé, et sa bourse remplie d'écus pour le reconduire chez lui. Je ne voudrais pas mourir dans la compagnie d'un soldat qui craindrait de mourir de société avec nous. Ce jour est appelé la fête de Saint-Crépin. Celui qui survivra à cette journée, et retournera dans son pays, sautera de joie, quand on nommera cette fête, et s'enorgueillira au nom de Crépin. S'il voit un long âge, il fêtera tous les ans ses amis, la veille de ce grand jour, et il dira: C'est demain la Saint-Crépin: et alors il ôtera sa manche, et montrera ses cicatrices. Les vieillards oublient; mais quand ils oublieraient tout le reste, ils se souviendront toujours avec orgueil, et se vanteront avec emphase, des exploits qu'ils auront faits en cette journée; et alors nos noms seront aussi familiers dans leur bouche que ceux de leur propre famille. Le roi Henri, Bedford, Exeter, Warwick et Talbot, Salisbury et Glocester seront toujours rappelés de nouveau, et salués à pleines coupes. Le bon vieillard racontera cette histoire à son fils; et d'aujourd'hui à la fin des siècles, ce jour solennel ne passera jamais, qu'il n'y soit fait mention de nous; de nous, petit nombre d'heureux, troupe de frères: car celui qui verse aujourd'hui son sang avec moi sera mon frère. Fût-il né dans la condition la plus vile, ce jour va l'anoblir: et les gentilshommes d'Angleterre, qui reposent en ce moment dans leur lit se croiront maudits de ne s'être pas trouvés ici. Comme ils se verront petits dans leur estime, quand ils entendront parler l'un de ceux qui auront combattu avec nous le jour de Saint-Crépin! "

Extrait de Henri V, de W. Shakespeare.

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08/10/2008

Le chat immédiat

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Ce chat avait manifestement décidé d'en finir avec la vie. Je me souviens du poème stupide de Maurice Carême à propos de ce chat dans les yeux duquel le soleil entra et resta. Je crois pouvoir dire que celui-ci a vu la lumière d'un peu trop près. Enfermé dans une pièce sans issue, il a dévoré les fils électriques et est mort carbonisé. On sait que les lapins se rongent la patte pour fuir les pièges des braconniers. On sait que les voies sans issues et les pièces closes poussent les claustrophobes aux pires réactions. On sait que Sisyphe ne regardait jamais derrière lui et que nous nous persuadons chaque jour que nous sommes dans un monde différent d’hier. On sait que les modernes ont réinventé l’immédiat, que l’immédiat est « modernissime » et toutefois sans exposant. On sait que le temps de la réflexion est un temps en soi et non un temps perdu. On sait qu’il faut, comme disait Bergson, laisser le temps au sucre de fondre. Mais quelle solution ce chat recherchait-il ? Mais qui sait ce qui traversa vraiment son esprit ? Qui sait s’il y a une heure du crime, ou seulement le temps de défier le soleil et les témoins à venir ?

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07/10/2008

Réviser sa solitude

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Considérer la vie comme un anonymat précaire, se reclure dans l’incertitude de soi, vouloir renoncer à tout pour le simple réconfort de se savoir immensément insondable. A soi-même faire les promesses qu’on refuse aux autres pour les savoir irrésolues. Deviner en quoi demain n’est jamais que la suite implacable de ce qu’aujourd’hui a pu dévoiler de médiocre nourriture. Demeurer vain, demeurer seul, demeurer au creux de son signe obscur, et affamé.  Avaler n’importe quoi, se blottir contre un mur de silence et chercher vainement le sommeil dans une chambre glacée comme l’amour des anciens. Revoir son jugement pour se détromper de temps en temps au sujet de ces inconnus et n’en conserver que l’indifférence parce qu’il est toujours trop tard. Remuer ciel et terre et mère et père. Détruire les images rêvées. Rêver la vie banale, la voir en peinture, sous reliure, rêver l’enfer des autres pour soigner son amertume. Dévoiler l’ineffable comme des promesses mystiques, des aveux métaphoriques, des visions ultra-humaines aux reflets sans couleurs. Démantibuler les corps prêtés, jouir des écarts de conduites inavoués, nier le mensonge, prêcher les vérités des morts et louer leur demeure discrète. Réinventer pour soi le destin des inventeurs, prétendre à leur éternelle félicité, persuader quiconque que rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Réviser sa solitude. Revoir la copie de Dieu, un de ces jours.

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17/09/2008

Seconde peau

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Une seconde peau. Il m’aurait fallu une seconde peau et trouver sous cette pelisse morbide un peu de sommeil, de réconfort, d’amours honnêtes. Le repos éphémère sous une seconde peau, et sous la première, le repos éternel. Une autre paire de paupières, quelques doigts de seconde main, un autre visage que je reconnaisse de temps à autres comme le mien. Et puis des joues qu’on veuille bien baiser, et une bouche aussi, qui sache te parler. Une seconde peau, une autre géométrie des ombres, une architecture nouvelle pour ma silhouette, une meilleure prise au vent, un profil plus singulier, une identité plurielle. Une géographie quotidienne qui s’attache à des contours nouveaux, un indice de ce que je pourrais être subjectivement autre, meilleur, moins intact, moins perversement authentique. Une seconde peau à fleur de quoi rien ne s’électrise.

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16/09/2008

La nuit est vide

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La nuit est vide et ce n’est plus l’été. La vérité a fuit toute représentation. Les grands maîtres ne sont plus, ni la naïveté qui les éleva. Il y a une impuissance latente des yeux à cerner l’image vraie. Le vague s’insinue dans les bouches et l’amertume stagne au bout des doigts. Oui, décidément, la nuit est vide et ce n’est plus l’été. Les draps sont figés dans le froid de la chambre, rien ne respire que mon corps, que les murs autour. La nuit est vide comme un miracle muet de cinématographe. Je rêve en noir et blanc de trains sans fumée, de retours sans allers, de vos cheveux à mâcher. Où est l'hiver s'il a enseveli l'été ? Je reviens à vous pour ne vous trouver qu'absente. Je reviens au sujet, et il n'en est qu'une qui ne mente. Mais elle a disparu. Rien ne respire que je puisse saisir et aimer. Où es-tu ? Quand reviendrais-je ?

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02/09/2008

Je ne veux plus tant voir.

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J’ai vu. Une seconde tes yeux roulent sous tes paupières- la migraine profonde se résout - une seconde les yeux tanguent et la mer s’éclairci dans la lumière féconde tes yeux dévêtus- je voulais les revoir la seconde a battu ma mémoire -une seconde et tes yeux je n’en revois plus l’onde. Quelques fois,  ho visto. Une seconde et je veux que l’absolument impossible me soit à nouveau permis, que rien ne s’efface plus que les indélébiles marques de ce qu’il y a de plus généreux dans le malheur. Talvolta. L’assurance que rien ne me reviendra plus que les images de l’irrévérence de la vie, de la congestion des amours, des impénétrables désastres de nuits sans heurs. Des nuits paisibles dans l’absolue indifférence. Des nuits où la migraine se résolve. Un relevé de compteur, un sourire, une fronde furtive, un accord sans directive, un appel manqué, une dérobade de la flanelle sous le vent, Mademoiselle, un autre regard, une seconde toujours, une seconde, pour des instants volés. J’ai vu. Non rien vu. Pas toujours. Je ne suis pas partout, je ne suis pas à tous, pas à vous, pas toujours, pas à moi, pas encore. Ca viendra. Je verrai bien assez tôt. Non. J’ai vu. Quelques fois. Oui, j’ai vu. Et vous ? Ce que l’Homme a cru ? La migraine profonde a cru, le fleuve -quelques fois une poésie- le fleuve en crue, la poésie balayée, asséchée. Le lit de la poésie : défait. Des milliers de secondes manquées. Les tiennes, les miennes, les vôtres, les nôtres. Et énormément de violence. Par les autres, pour les autres. Pourquoi aurais-je les yeux injectés de la colère d’images qui jamais ne s’y sont imprimées ? Pourquoi verrais-je encore jusqu’à corseter mon cœur ce que l’on dépose dans d’autres pièges irisés ? Pour que vivent des milliers d’autres sous mes yeux. Ció che l’uomo credette ? Qu’ais-je pu croire moi, de vous ? Que m’a-t-on laissé voir ici ? Et là ? J’ai vu. Je t’ai vue. Une seconde. Il n’en reste pas grand-chose, tous ces gestes dans une mer impossible. Une seconde. Mais ce n’est pas rien. La migraine profonde se résout et j’ai vu quelques fois ce que l’homme a cru voir ? Non. Je n’ai rien vu, je ne veux plus tant voir. Je ne veux plus percevoir que les impossibles ressacs de la mer qui s'éloigne. Je ne veux plus rien entendre des impossibles ressentiments des autres quand je ne suis qu'heureux dans tes yeux.

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11/08/2008

Inutile témoignage

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Peu disert, tapis dans l'ombre trop rare d'une chambre où je ne peux plus dormir qu'aux termes de suppliques, je ne ressens la vie que comme une controverse. J'ai vu hier les nuages sourds s'avancer dans la nuit gonflée de calme et j'ai entendu le craquement soudain de ces univers de nimbes et d'obscurités sacrifiés à la rencontre inutile des éléments. Inutile témoignage. Je relis une phrase dix fois sans la comprendre, quelque chose s'est passé aujourd'hui dans ma tête que je ne perdrai plus jamais, que je garderai à l'esprit. J'ai entendu cette histoire au sujet de Puccini et de sa femme Elvira trop jalouse et qui poussa une jeune bonne innocente au suicide parce qu'elle se figurait que la pauvre enfant était éprise de son mari (elle l'abordait en rue, la traitait de putain). Voilà une histoire bien étrange et sombre. Peut-être est-ce là ce qui me rend les nuages enfin si perceptibles, comme dessinés dans l'évidence, comme taillés dans la vérité des cieux. Peut-être est-ce cette certitude désormais qu'il a raison de dire qu'il n'y a que mensonge, jalousie, besoin d'assouvir son étrange désamour aux dépens de tous les autres pour éclairer un peu la vie de ceux-là. Peut-être que l'amour n'est pas le dessein du genre humain. Peut-être que l'anomalie vient de vous, Madame. Peut-être êtes vous l'alibi des nuages. Inutile témoignage. Inutile.

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06/08/2008

Tarass Boulba

Jan Saudek
"Boulba était furieusement obstiné. C'était un de ces caractères qui ne pouvaient se développer qu'au XVIe siècle, dans un coin sauvage de l'Europe, quand toute la Russie méridionale, abandonnée de ses princes, fut ravagée par les incursions irrésistibles des Mongols; quand, après avoir perdu son toit et tout abri, l'homme se réfugia dans le courage du désespoir; quand sur les ruines fumantes de sa demeure, en présence d'ennemis voisins et implacables, il osa se rebâtir une maison, connaissant le danger, mais s'habituant à le regarder en face; quand enfin le génie pacifique des Slaves s'enflamma d'une ardeur guerrière et donna naissance à cet élan désordonné de la nature russe qui fut la société cosaque. Alors tous les abords des rivières, tous les gués, tous les défilés dans les marais, se couvrirent de Cosaques que personne n'eût pu compter, et leurs hardis envoyés purent répondre au sultan qui désirait connaître leur nombre: «Qui le sait ? Chez nous, dans la steppe, à chaque bout de champ, un Cosaque.» Ce fut une explosion de la force russe que firent jaillir de la poitrine du peuple les coups répétés du malheur. "

"Heureux le père qui a donné naissance à un pareil fils! Il n'y a pas une grande sagesse à dire un mot de reproche; mais il y a une grande sagesse à dire un mot qui, sans se moquer du malheur de l'homme, le ranime, lui rende du courage, comme les éperons rendent du courage à un cheval que l'abreuvoir a rafraîchi."

Nikolaï Vassilievitch Gogol, Tarass Boulba.

Qui est Tarass Boulba ? Et suis-je, ainsi que le prétendait cet homme, le troisième fils de ce Cosaque impétueux ? Mon père n'a-t-il pas trouvé refuge dans le courage du désespoirsur les ruines fumantes de son corps,  n'osa-t-il pas se rebâtir une vie, connaissant le danger, mais s'habituant à le regarder en face ? n'ai-je pas reçu de tels enseignements ?

Illustration : Jan Saudek, photographie.

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05/08/2008

Mon continent perdu

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En ce royaume, rien ne demeure que l'assoupissement des images. Il y a la lassitude immense des insensibles qui vivent à leur côté, sans rien voir jamais dans le miroir de leurs yeux. Je vis dans ce royaume, certains jours d'été. Et je renoue avec des cordons de pluie imaginaires. Enfin, la lumière inonde l'espace et enferme le souffle indécis des objets dans une blancheur chagrine. Rien ne survit que l'éblouissement sans âme du monde dans sa propre surprise. Rien ne s'égare que l'imagination stérile des reflets. Il y a la rumeur brune qui s'imprègne dans le bleu des mers. Le sang se disperse comme la nue. Les ingénuités féminines se retrouvent dans la forme diluée des choses. L'impression est de plus en plus forte autour de cette amertume : je veux retourner parmi les méduses. Brûler encore et enfin dormir. 

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04/08/2008

Rousseau dans ma baignoire

baignoire
"Je ne vous aime point, Monsieur ; vous m'avez fait les maux qui pouvaient m'être les plus sensibles, à moi, votre disciple et votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève pour le prix de l'asile que vous y avez reçu ; vous avez aliéné de moi mes concitoyens pour le prix des applaudissements que je vous ai prodigués parmi eux ; c'est vous qui me rendez le séjour de mon pays insupportable ; c'est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations des mourants, et jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que tous les honneurs qu'un homme peut attendre vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin, puisque vous l'avez voulu ; mais je vous hais en homme plus digne de vous aimer si vous l'aviez voulu.[...] Jean-Jacques Rousseau"

Jean-Jacques Rousseau, lettre à Voltaire du 17 juin 1760.

Je suis dans mon bain, c'est dimanche. L'eau clapote un peu encore, dans le bas de mon dos. La lumière s'est agglutinée aux persiennes. Les objets sont figés. Moi seul produit quelques ondes dans l'air ambiant : bruits, souffles, effluves, clignements, toux, râles. Je respire. La radio me renseigne au sujet de cet homme qui fut la proie de la haine et du mépris, qui ne s'en remit jamais vraiment, ni à Dieu, ni à ses amis (dont la relative traitrise est désormais enseignée aux jeunes gens du monde entier). Je pense à toute cette haine, à toutes ces lettres, à tous ces traitrises, ces maîtrises, ces mépises. Je respire. Je m'imprègne le visage de cette eau qui refuse de stagner, qui s'agrippe à ma vie, qui pénètre mes pores, mes yeux, qui flétrit mes doigts immergés. Je pense à cet homme, souvent nu, sans doute. Probablement autant que moi à ce moment. Je me dis, foutu dimanche. Et je reste là à écouter ces mots de colère, médusé par l'expression si parfaite de tant de désillusion, de honte, de regrets. Je me dis que l'ennemi du genre humain, comme disais l'autre mécréant, dût être le plus malheureux des hommes en même temps que le plus seul. Je trouve beaucoup de beauté à cette sinistre solitude. Je voudrais relire ce livre contre le genre humain, revenir un peu sur l'histoire de ces hommes aux confins de l'humanité dont la cruauté me fait, à moi, l'impression qu'ils ne sont inspirés que par la vanité la plus sournoise. Et au fond, j'aime ça. Je regarde le bouchon sur le rebord de la baignoire, le vide termine d'engloutir l'eau qui m'enlaçait. J'ai enfin froid.

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25/07/2008

Histoire de l'oeil

bleu
C’est dans le rouge que j’ai cessé de voir. Je n’ai pas cligné d’un œil pour autant, mais j’ai cessé de voir. Un voile a obscurci mes yeux, le sang s’est amoncelé peu à peu sur la rétine, a mouillé mes joues lentement. Puis ce fut du bleu. Méthylène sur la langue. Puis ce fut le vert de l’herbe humide qui s’imprime sur les pantalons blancs dans la chute. Et le blanc, justement. Le blanc rageur des murs qui dévorent par brancards entiers les chairs qui y pénètrent. Et le noir, enfin, de la quiétude hypothétique sous la paupière. Qui déjà, conseillait, aux fins de retrouver la tranquillité, de peindre en noir ses paupières ? Il y a une cicatrice au fond de mon œil gauche. Le souvenir d’une brutalité enfantine, d’une épée de bois qui pénètre l’âme par la seule voie possible. Ma mère a eu cinquante ans hier. Le fils que je suis n’a rien à lui offrir que ce souvenir de l’affection immense d’un enfant pour celle qui s’est tant reflétée dans cet œil miraculé.

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22/07/2008

Jacques Izoard est mort

Jacques Izoard
« Dans le caillou, le poing gelé.
Mais un cœur bat quand même
qui ne fait que répéter
soubresauts et coups sourds.
D’autres poings dans le poing
sont des pierres à la volée. »

J. Izoard, Thorax, Phi éd. 2008.

Comme si Gaston Compère ca ne te suffisait pas. Salaud ! Il y a sa photo (par Pierre Houcmant) dans tous les journaux ce matin. J'aurai manqué la chance d'une véritable conversation avec lui qui m'a gentiment encouragé de loin, un soir lointain, après une tentative de lecture en public (j'avais seize ans, j'avais des sueurs froides et j'écrivais de travers) de cette poésie (textes égarés, tant pis, tant mieux). J'aurai manqué cette conversation sur un coin de table (au "8" Place du Marché, il y a une dizaine de jours) m'étant plutôt précipité vers un lieu de poste aux fins d'envoyer à mon ami ce texte sur la mort, justement. Et voilà que Liège meurt. Liège meurt. Liège meurt.

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13/06/2008

Freikörperkultur

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"De la vaporisation et de la centralisation du Moi. Tout est là. D'une certaine jouissance sensuelle dans la société des extravagants.
(Je pense commencer Mon coeur mis à nu n'importe où, n'importe comment, et le continuer au jour le jour, suivant l'inspiration du jour et de la circonstance, pourvu que l'inspiration soit vive)." Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu. Je commencerais nu sur cette plage. Une plage musicale. Une plage vive que rien ne peut fouler sinon les pieds glacés d’une femme éphémère. La même qui emmène l’Homme, par la main sous les feux d’un ciel qu’habite la mer. Je n’habillerais précisément que ce cœur pas bien épais dont mes côtes dissimulent à peine la maigreur. Le cœur sera donc bardé d’une écharpe légère, rouge, composée d’habile manière dans une étoffe sanglante. Le cœur respirera un peu mais les embruns de soleil le dissuaderont de gonfler trop brutalement. Il devra se recueillir d’abord dans la honte, battre comme le sable craque. Doucement. Anonymement. Unanimement. Parcimonieusement. Car ce cœur-là est trop impétueux, flagorneur et sot. Dès lors ce sera d’entrée la noyade pour le cœur, la noyade dans un brasier ou l’embrasement dans un flot éreintant. Ou alors non… Je lui ferai un cercueil au-dedans de lui. Des funérailles éternelles ou une petite mort solitaire. Et le cœur s’en ira impuissant. Sans jouissance sensuelle dans la société des extravagants. Jugez plutôt, Charles :

Un cœur mis à nu évaporé, décentré, rompu dans son extravagance.

Hans Bellmer, dessin crayonné.

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26/05/2008

En vie.

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Inversion dérégulatrice de l’économie du plaisir, il s’est soudainement présenté à nous l’inappétence sexuelle inhérente aux moments de doutes qui saisissent l’homme moderne. Question de l’Identité, de son auto-violation par le double qui succombe à l’immédiat, s’inscrit dans une course, s’ébranle, plusieurs fois se noie, sombre dans le précaire, l’instable, l’éphémère du plaisir. Il n’y a, un jour, plus de plaisir dans le plaisir. Il reste une perversion imbécile, une pulsion pornographique, un détail libidinal qui n’éclaire plus la vie. Il y a une forme d’anecdote où tombe le désir, trop délétère, épars, insensé, mal écrit. La femme est désormais photographique. Glacée. Figée. Elle ne pense plus. Elle ne bande plus. Sa bouche se glace. Elle n’existe plus que dans une logique reproductive, mais plus la reproduction humaine, la reproduction de la pulsion précoce, amère, solitaire. La femme passe, repasse. Se presse. Et l’homme ne voit plus de rationalité à dévirtualiser son fantasme, à déposséder ses rêves de l’expression monopolistique de son envie. C’est l’été. La vie s’arrête en moi.

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23/05/2008

Avis de disparition

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Ici vous auriez pu trouver :
Un texte fort. Brutal. Corrosif. Peut-être avec  ce petit lamento habituel. Une vibration noire sur la page blanche. Quelque chose de l’ordre du bris, de l’éclatement. Un texte vigoureux et charpenté comme un vieux tronc mort. Un texte lent, lourd, profond et sombre. Une tentative. Mais il a disparu, ce matin même. Evaporé.

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07/05/2008

Prunus persica

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Oeuvre originale de JONAS. 

Prunus persica

Vivre dans un pêcher,

Pourquoi pas ? Se percher dans un pêcher,

Dans ses bras, ses noeuds, ses branches ?

Pourquoi ne pas nous porter jusque là ?

Jusque là, un dimanche.

7 mai 2008, pour le plaisir de refaire un peu de poésie libre (de la musique avant toute chose ?)

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22/04/2008

Fado

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Ici la vie définitivement avariée. Ici les chambres closes où s'entassent les rêves nauséabonds comme les éléments insécables du panoptique que forment nos villes. Les relents des égouts qui s'écoulent au rythme lent du sang dans nos veines. Ici la même longue et lancinante course vers ailleurs, toujours en aval.  Les jambes brisées sous les draps. L’horreur mystique dans chaque clignement de paupière. Le style désopilant des chroniques judiciaires. Les retours sans fins vers les fondamentaux éculés. Les inséparables notions de comptabilité de la vie et des chiffres. Le reclus qui vit dans ma tête. La bouche de cette femme qui se tord sans cesse. La main qui caresse sans que je la commande. Le regard lent. Les yeux lents. Ici. Les ecchymoses au coin des lèvres. L’immobilité qui ne dérange personne. Le recul et la désincarnation. La fin gratuite de l’Homme. Le souvenir éternel. La surprise gâchée. La participation à l’hystérie collective et molle de ce début de siècle. L’angoisse climatique. Le soleil qui tarde. Les fruits sans âmes les femmes sans goût, les théières vides. Les infanticides à la une. Les imprécations sempiternelles des dilettantes de l’humanité. Ici. Les surprises parties. Les comédies sans musiques. L’opéra rendu à la lourdeur. Les pages sans grain. Le papier à la pelle. Le gavage qui commence. Les oies de Noël à venir. Les fumeurs aux terrasses qui se taisent. Les petites amours des petites gens. Le fado. Le fado. Le fado. Et là-bas, Lisbonne enchantée. J'ai cherché Pessoa, je n'ai trouvé personne.

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