09/06/2009

Lettre à G.

lettre à G
Tu as toujours voulu que j'écrive pour toi ici, sur cette page inscrite dans une sorte d'éternité de sentiments dans une archive de nos quotidiens baignés de joies et de peines. Je ne peux t'écrire les sentiments que nous devrions partager toi et moi parce que tu les ignores, parce que nous t'en préservons. Mais je peux écrire à la femme que tu seras, à celle que j'espère que tu deviendras et qui peut-être relira ceci quand sera venu pour toi le temps. Tu l'ignores encore, mais la haine est dans le détour qu’empruntent tes yeux avant de pouvoir se poser sur nous. Dans ce détournement suspect qu’on t’a imposé, suggéré, contre notre amour, contre notre désir d’être auprès de toi, de te voir grandir, de participer à l’éveil de ta prometteuse personnalité, d’être tes pères et tes frères, tes anciens et ton passé, ton avenir, ta famille. Dans ce rapt infernal dont on ne te laissera admettre que trop tard combien il t’injurie autant que nous-mêmes, il y a de trop orgueilleux motifs pour que nous comprenions jamais. Et dans la complicité de cet enlèvement, de cet arrachement qui nous spolie tous d’un peu de nous-mêmes, il y a bien trop de bêtise pour que nous admettions jamais ni le comportement des juges, ni l’attitude désinvolte des avocats, ni la complaisance des témoins, ni l’aplomb des insultes que nous devons ravaler. Un jour tu sauras de quoi cette haine fut cause et combien en simple objet d’orgueil on a cherché à étrangler ce que tu es et ce que nous sommes pour parfaire cette image d’amour univoque qu’il plait tant à ta mère de confire dans son immense déraison. Nous ne l’avons jamais haïe, nous n’avons jamais dénié la mère qu’elle est, ni non plus ce qu’elle peut elle-même souffrir dans la séparation de toi. Nous n’avons jamais souhaité ternir l’image que tu as d’elle, et pourtant… Pour conserver sur nous l’immense bonheur de te voir grandir, elle a fait de nous des menteurs, des traitres, des imbéciles, des lâches et des malfaisants. Elle a mis ces mots dans la bouche d’autres que le tribunal laisse parler librement. Elle nous a salis, elle nous a détruits et de cette entreprise de destruction elle récolte aujourd’hui le produit. C’est notre amour pour toi que l’on juge. C’est la dignité que nous avons d’être auprès de toi. Aujourd’hui, par la force de ces mensonges, de ces injures injustes, de ces manipulations glaciales, nous sommes mal-aimants, nous sommes indignes, nous sommes moins qu’une famille. Un jour tu sauras, et tu sauras aussi qu’il sera trop tard. Tu sauras où nous avons failli, où nous avons manqué à notre devoir de te dire de quoi il est bon de te méfier pour ne pas grandir dans le mensonge et l’orgueil. Tu sauras ce que c’est peut-être que de manquer d’une famille parce que c’est autour de toi que nous sommes tous, parce que nous sommes aussi ton passé et aussi ton avenir si tu veux bien grandir un peu avec nous et parce que nous ne grandirons plus sans toi.

17:51 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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