27/04/2009

La quadrature

quadrature
J’ai entrevu les dimensions obscures de votre sensibilité, l’inversion des natures, votre impossible satiété. Puis les implacables émotions, les jurons indomptables qu’il a bien fallu ravaler, les amours en ratures, les voitures sans charretiers. Aperçu les effrois sans mesure, les dimensions obscures de votre sensibilité, votre affection en quadrature. Considéré les équations immatures, Vu l’apocope sur votre nom en signature, invention de la sympathie agréable au bas des lettres : JE VOUS PRIE D’AGRER, EN RETOUR, L’EXPRESSION DE MES CORDIALES BRISURES. J’ai entrevu la solution dans l’ébriété des femmes qui jurent. Entendu les témoins de vos blessures et saint Thomas m’a visité. J’ai entendu votre déconfiture et lu les chiffres de votre entreprise de séduction avortée. J’ai vu la démesure dans la faillite de votre sourire. J’ai entrevu les dimensions obscures de votre sensibilité, votre affection en quadrature. J’ai résolu de me confondre à l’asymptote de votre fuite, à votre silence en courbure.  ET J'AI CARESSE TROP SOUVENT LE CERCLE DE VOTRE AFFECTION EN QUADRATURE.

15:50 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/04/2009

Le lit de mes heurts

lit de mes heurts
On avait dit à l’enfant qu’il fallait gagner le lit. Et sa victoire sur le pucier, c’était sa prophétie. On lui avait dit de gagner le lit, qu’importent les coups les sanglots et les cris. Le lit de mes heurts c’est un lit une personne, une personne dans un pli, une personne dans un cri, une personne dans un ennui. Une personne- j’y dors seul j’y ris seul j’y pleure seul j’y jouis seul- drapé dans un cri, drapé dans un pli, drapé d’ennuis. Le lit de mes heurts est celui d’un gisant qui ne ressemble qu’à moi seul. Dans le lit de mes heurts, dans mon histoire récitée par cœur, l’épopée de mes erreurs, on dit que dormir est un leurre. Recraché trois fois (2h, 4h20, 6h) cette nuit (du 13 au 14 avril 2009) du lit de mes heurts (180x70cm) sommeil gâché (environ 6h50) solde insuffisant vainement atteint (environ 2h20). Pour peu qu’on soit. Et qu’on soit de bonne humeur. On peut se faire violence, les yeux en révérence, dans le lit de mes heurts. On se retourne encore dans le lit de mes heurts. On charrie des cauchemars on brasse des soupirs par-dessous l’oreiller, dans le lit de mes heurts. On ne peut parler la gorge nouée dans le silence de la nuit, dans cette contagion des certitudes blêmes dont elles sont atteintes, dont elles s’intoxiquent elles-mêmes, je veux dire les absentes, je veux dire les anéanties. On ne peut étrangler d’un regard leurs lèvres et leurs fards de chimères. On ne peut détrôner leurs silences, leurs sourires épars. Dans le lit de mes heurts, on dort comme on meurt. Succube, vous dormez sur le seuil de cette demeure.

10:20 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

14/04/2009

Nous tuons

Nous tuons
On peut tuer. Et nous tuons. On peut tuer les princesses qui boivent pour de bon notre vie à la ficelle. Nous tuons, nous buvons. Tuer les démons qui disent parler à l’homme dont elles se sont fait une religion. Nous tuons et taisons la douleur de celui dont elles arrachent les traits et torturent le nom. Nous tuons. On peut tuer les princesses qui écrivent en jargon qu’elles n’aimaient, n’aiment, n’aimeront. On peut tuer les princesses qui n’ont pas d’illusions mais pleurent sur le seuil sur les clés et leur renom. Nous tuons, nous partons. On peut tuer les princesses qui n’ont que protocolaire compassion, une épaule pour pleurer et l’autre comme un affront. On peut tuer les princesses dont dansent les yeux sur nos pardons. On peut tuer les princesses et leurs présents moribonds. On peut tuer. Nous tuons. On peut tuer les princesses. On peut tuer les princesses qui aiment votre souci d’être dans leur giron. On peut tuer les princesses comme on crève les ballons, comme on intime la colère et dissipe les soupçons. On peut tuer les princesses. Et nous tuons. Nous tuons.

15:46 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

06/04/2009

Rimbaud rampant

 

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MOI
me faire traiter, c’est aimable. Merci de m’avoir fait remarquer. La marque irrémédiable. Merci de m’aimer. RIMBAUD RAMPANT, vous m’avez appelé, il fallait oser et puis merci quand même, merci de m’aimer. Rimbaud rampant traîne l’appât, s’entraîne lentement, s’étrenne au trépas, s’épand en un repas (jadis, si je me souviens bien, la vie était un festin) Rimbaud rampant, dérapant, s’éprenant, se méprenant, confus, pédant, indigeste, mourant, gisant. DRÔLE D’OISEAU, balle à blanc, pieds ailés, geôle de MUSEE, génie usé, muses rusées, Rimbaud rampant muselé. Rampant l’insomnie, déroulant le tapis noir, drapeau blanc en berne également, Rimbaud rampant pas beaucoup d’âme, des fusils par bateau, des canons, des courants dans les voyelles. Des cigarettes de contrebande, des voilettes de sarabandes liturgiques, des toilettes de mécréants malades (qui ont vu quelques fois) par des infirmières CATHOLIQUES (ce que l’homme a cru voir), des hôpitaux inhospitaliers, en enfer, tout autant, des amputations, des ambulanciers, des brancards, des cocard, DES CAMES. Rimbaud rampant, des soupirs, des amours usées, des vampires, des oreillers de chair, des rêves surannés. La mer s’abîme elle-même, le silence raisonne suprême, la terre sidérée sous nos pieds nous sème. VOIR (SE) des têtes éclatées, des soleils tournoyer, des lumières dilatées, des hivers longs comme l’été, des silences dynamités. Rimbaud rampant. L’éternité pour y PENSER.

17:09 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

01/04/2009

Sur quoi le temps passe

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Quand les nuages n’étaient encore que des nuages. Quand tu n’avais pas sur moi ces avances là. Quand tu n’avais pas fui loin devant. Quand les tourments n’étaient encore que des tourments. Et quand les immensités de nos quotidiens se laissaient prendre au piège d’un éclat de rire. Quand le sourire indigent d’une étoile esseulée n’était qu’une étape avant une apocalypse de clarté. Quand le souffle lent et lourd des amants ne se ravivait qu’à la force de matins clairets. Quand le désespoir n’était encore que le désespoir. Quand les sangles se sont nouées. Quand le train s’en est allé. Quand la mer a disparu et la côte et la fumée. Quand le détour n’était encore qu’un détour. Quand l’amour n’était encore que de l’amour. Et la mélancolie une idée, et l’enfer un sonnet. Quand tout ne s’était pas encore arrêté sur un mot de toi. Quand je vivais pour vivre. Quand les nuages moutonnaient pour moutonner. Quand il n’y avait ni beauté ni vérité ni justice. Quand je te vivais, quand je me mentais, quand je me vivais, quand je te mentais. Quand l’hiver a cessé. Quand le jour s’est mutiné. Quand les retours ont cessé. Quand les absences se mesuraient aux courses du soleil. Quand rien n’était encore emporté. Quand rien ne devait survivre et que tout survivait. Quand l’image s’est tue et la voix s’effaçait. Quand je te voyais pour ne plus te revoir. Quand les voyages n’étaient encore que des voyages. Et les détours des détours. Et les ombres des ombres. Et les silences des silences. Et quand je n’étais encore que moi. Quand le temps est passé sur tout ça.

14:31 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |