01/04/2009

Sur quoi le temps passe

DSCF2033
Quand les nuages n’étaient encore que des nuages. Quand tu n’avais pas sur moi ces avances là. Quand tu n’avais pas fui loin devant. Quand les tourments n’étaient encore que des tourments. Et quand les immensités de nos quotidiens se laissaient prendre au piège d’un éclat de rire. Quand le sourire indigent d’une étoile esseulée n’était qu’une étape avant une apocalypse de clarté. Quand le souffle lent et lourd des amants ne se ravivait qu’à la force de matins clairets. Quand le désespoir n’était encore que le désespoir. Quand les sangles se sont nouées. Quand le train s’en est allé. Quand la mer a disparu et la côte et la fumée. Quand le détour n’était encore qu’un détour. Quand l’amour n’était encore que de l’amour. Et la mélancolie une idée, et l’enfer un sonnet. Quand tout ne s’était pas encore arrêté sur un mot de toi. Quand je vivais pour vivre. Quand les nuages moutonnaient pour moutonner. Quand il n’y avait ni beauté ni vérité ni justice. Quand je te vivais, quand je me mentais, quand je me vivais, quand je te mentais. Quand l’hiver a cessé. Quand le jour s’est mutiné. Quand les retours ont cessé. Quand les absences se mesuraient aux courses du soleil. Quand rien n’était encore emporté. Quand rien ne devait survivre et que tout survivait. Quand l’image s’est tue et la voix s’effaçait. Quand je te voyais pour ne plus te revoir. Quand les voyages n’étaient encore que des voyages. Et les détours des détours. Et les ombres des ombres. Et les silences des silences. Et quand je n’étais encore que moi. Quand le temps est passé sur tout ça.

14:31 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.