22/10/2008

J'ai perdu le chemin du Monomotapa

monomotapa 2
Le Monomotapa est le royaume véritable de l'or imaginaire. on y puise la richesse au fond des rivières, tout y prospère, rien n'y meurt que ce qui est vain. On y a pour devise que seule l'ingratitude sera refusée aux ingrats, l'amitié y est portée haut, on se lasse pas d'y aimer ses amis. Le royaume a fermé ses lourdes portes sur moi, je me suis égaré, j'ai perdu le chemin du Monomotapa. La nuit ne me rendra rien de ce que le jour me dérobe aube après aube. Tu ne me reverras pas, mes yeux ne se lèveront plus. La route est inondée et la fortune épuisée. Il est loin désormais, mon Monomotapa.

"Les deux amis

Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L'un ne possédait rien qui n'appartînt à l'autre :
    Les amis de ce pays-là
    Valent bien dit-on ceux du nôtre. 
Une nuit que chacun s'occupait au sommeil,
Et mettait à profit l'absence du Soleil,
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :
Il court chez son intime, éveille les valets :
Morphée avait touché le seuil de ce palais. 
L'Ami couché s'étonne, il prend sa bourse, il s'arme ;
Vient trouver l'autre, et dit : Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme
À mieux user du temps destiné pour le somme :
N'auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ? 
En voici. S'il vous est venu quelque querelle,
J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés : voulez-vous qu'on l'appelle ?
— Non, dit l'ami, ce n'est ni l'un ni l'autre point : 
    Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m'êtes en dormant un peu triste apparu ;
J'ai craint qu'il ne fût vrai, je suis vite accouru.
    Ce maudit songe en est la cause.
Qui d'eux aimait le mieux, que t'en semble, Lecteur ? 
Cette difficulté vaut bien qu'on la propose.
Qu'un ami véritable est une douce chose.
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
    Il vous épargne la pudeur
    De les lui découvrir vous-même. 
    Un songe, un rien, tout lui fait peur
    Quand il s'agit de ce qu'il aime."

Jean de La Fontaine

10:11 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

09/10/2008

Vingt et uns jours et l'éternité humaine.

21 jours d'un neursthénique
Les vingt-et-uns jours d'un neurasthénique de Mirbeau m'a laissé un souvenir très étrange, teinté d'admiration pour la pose bourgeoise et cynique et arrêté sur le pressentiment que ce texte, plus fort que les arrangues d'Albert Londres, plus dense et efficaces que les cris de Zola (la colonisation, les bagnards, l'Affaire Dreyfus,...) ne l'emportait- comme tout du reste- que par sa cruauté. Le genre humain aurait-il tant à boire de noir orgueil et de cruels tableaux pour assoiffer son voeu de beauté ?  

"Il y a quelques années de cela, le général Archinard, désireux d’ajouter, à sa gloire de soldat, un peu de gloire littéraire, fit paraître dans La Gazette européenne une série d’articles, où il exposait ses plans de colonisation. Les plans étaient simples mais grandioses. J’y relevai les déclarations suivantes:

« Plus on frappera coupables ou innocents, plus on se fera aimer. »

Et ailleurs :

« Le sabre et la matraque valent mieux que tous les traités du monde. »

Et encore :

«... En tuant sans pitié, un grand nombre. »

Ayant trouvé ces idées, non point nouvelles, mais curieuses en soi, je me rendis chez ce brave soldat, dans le but patriotique de l’interviewer. Ce n’est point chose facile de pénétrer jusqu’à cet illustre conquérant, et je dus parlementer longtemps. Par bonheur, je m’étais « en haut lieu » prémuni de lettres et de références devant lesquelles il n’y avait, même pour un héros de sa trempe, qu’à s’incliner. Le général n’opposa donc, pour la forme, qu’une résistance d’ailleurs assez molle, et il finit par me recevoir... Dieu sait si le cœur me battait fort, lorsque je fus introduit près de lui.

Je dois dire qu’il m’accueillit avec cette brusquerie charmante que, chez messieurs les militaires, on peut appeler de la cordialité. Cordialité joviale et ronde et plaisant à l’esprit d’un Français qui a lu M. Georges d’Esparbès. Vêtu d’un burnous rouge, il était assis sur une peau de tigre et fumait, à la mode arabe, un énorme narghileh. Sur son invitation brève comme un commandement, que j’eusse... une, deusse !... une, deusse !... à m’asseoir, sur une peau de simple mouton, en face de lui, je ne pus me défendre, en obtempérant à ses ordres, de ressentir une vive émotion ; et, à part moi, je tirai, de la différence hiérarchique de ces fourrures, des philosophies grandioses, non moins que de peu consolantes analogies.

– Pékin ?... Militaire... ? Quoi ?... Qu’est-ce que vous êtes ?...

Telles furent les interrogations rapides et successives dont m’assaillit le général.

– Territorial ! répondis-je, conciliant.

Un : peuh ! peut-être un : pouah ! sortit de ses lèvres, dans un gargouillement de mépris, et j’aurais, certes, du seul fait de mon aveu centre-gauche et amphibologique, passé un mauvais quart d’heure comme on dit, si une espèce de petit négrillon, bizarrement costumé, n’était entré, à ce moment, portant un plateau, sur lequel il y avait de nombreuses bouteilles et des verres. C’était l’heure tranquille où les héros vont boire.

Je me réjouis d’arriver à cette heure providentielle de l’absinthe.

– Gomme ?... Curaçao ?... Quoi ?... me demanda abréviativement le glorieux soldat.

– Pure, général...

Et je vis, au sourire approbateur par quoi fut accueillie cette martiale déclaration, que je venais de me conquérir la bienveillance et, peut-être, l’estime du grand Civilisateur soudanais.

Tandis que le général préparait, selon des rites méticuleux, les boissons apéritives, j’examinai la pièce, autour de moi. Elle était très sombre. Des étoffes orientales ornaient les fenêtres et les portes d’une décoration un peu surannée, un peu trop rue du Caire, à mon goût du moins. Aux murs, des armes, en panoplie, des armes terribles et compliquées, reluisaient. Sur la cheminée, entre deux vases où s’érigeaient, en guise de fleurs, des chevelures scalpées, la tête d’un jaguar empaillé mordait de ses crocs féroces une boule en verre au centre de laquelle le cadran d’une toute petite montre faisait les heures captives, transparentes et grossissantes. Mais ce qui attirait le plus mon attention, c’étaient les murs eux-mêmes. Sur toute leur surface, ils étaient tendus de cuir, d’un cuir particulier, de grain très fin, de matière très lisse et dont le noir, verdâtre ici, et là mordoré, m’impressionna, je ne sais pourquoi, et me causa un inexprimable malaise. De ce cuir, une étrange odeur s’exhalait, violente et fade à la fois, et que je ne parvenais pas à définir. Une odeur sui generis, comme disent les chimistes.

– Ah ! ah ! vous regardez mon cuir ?... fit le général Archinard, dont la physionomie s’épanouit, soudain, tandis que ses narines dilatées humaient, avec une visible jouissance, le double parfum qui s’évaporait de ce cuir et de cette absinthe, sans se mélanger.

– Oui, général...

– Vous épate, ce cuir, hein ?

– Il est vrai, général !...

– Eh bien, c’est de la peau de nègre, mon garçon.

– De la...

– ... peau de nègre... Parfaitement... Riche idée, hein ?

Je sentis que je pâlissais. Mon estomac, soulevé par un brusque dégoût, se révolta presque jusqu’à la nausée. Mais je dissimulai de mon mieux cette faiblesse passagère. D’ailleurs, une gorgée d’absinthe rétablit vite l’équilibre de mes organes.

– Riche idée, en effet... approuvai-je.

Le général Archinard professa :

– Employés de cette façon, les nègres ne seront plus de la matière inerte, et nos colonies serviront du moins à quelque chose... Je me tue à le dire... Regardez ça, jeune homme, tâtez-moi ça... Ça fait de la maroquinerie premier choix... Hein ?... ils peuvent se fouiller, maintenant, à Cordoue, avec leur cuir...

Nous quittâmes nos fourrures et nous fîmes le tour de la pièce, en examinant minutieusement les bandes de cuir exactement jointes dont les murs étaient recouverts. À chaque minute, le général répétait :

– Riche idée, hein ?... Tâtez-moi ça... Joli... solide... inusable... imperméable... Une vraie mine pour le budget, quoi !

Et moi, affectant de vouloir m’instruire sur les avantages de cette corroierie nouvelle, je lui posai des questions techniques :

– Combien faut-il de peaux de nègres, général, pour tendre une pièce comme celle-là ?

– Cent neuf, à peu près, l’une dans l’autre... la population d’un petit hameau. Mais tout n’est pas utilisé, pensez bien... Il y a, dans ces peaux, principalement dans les peaux de femme, des parties plus fines, plus souples, avec quoi l’on peut fabriquer de la maroquinerie d’art... des bibelots de luxe... des porte-monnaie, par exemple... des valises et des nécessaires de voyage... et même des gants... des gants pour deuil... Ha ! ha ! ha !

Je crus devoir rire, moi aussi, bien que ma gorge serrée protestât contre ce genre de gaieté anthropophagique et coloniale.

Après une inspection détaillée, nous reprîmes position sur nos fourrures respectives, et le général, sollicité par moi à des déclarations plus précises, parla ainsi :

– Quoique je n’aime guère les journaux, d’abord, et ensuite les journalistes, je ne suis pas fâché que vous soyez venu... parce que vous allez donner à mon système de colonisation un retentissement considérable... Voici, en deux mots, la chose... Moi, vous savez, je ne fais pas de phrases, ni de circonlocutions... Je vais droit au but... Attention !... Je ne connais qu’un moyen de civiliser les gens, c’est de les tuer... Quel que soit le régime auquel on soumette les peuples conquis... protection, annexion, etc, etc... on en a toujours des ennuis, ces bougres-là ne voulant jamais rester tranquilles... En les massacrant en bloc, je supprime les difficultés ultérieures... Est-ce clair ? Seulement, voilà... tant de cadavres... c’est encombrant et malsain... Ça peut donner des épidémies... Eh bien ! moi, je les tanne... j’en fais du cuir... Et vous voyez par vous-même quel cuir on obtient avec les nègres. C’est superbe !... Je me résume... D’un côté, suppression des révoltes... de l’autre côté, création d’un commerce épatant... Tel est mon système... tout bénéfices... Qu’en dites-vous, hein ?

– En principe, objectai-je, je suis d’accord avec vous, pour la peau... mais la viande, général ?... que faites-vous de la viande ?... Est-ce que vous la mangez ?

Le général réfléchit pendant quelques minutes, et il répliqua :

– La viande ?... Malheureusement, le nègre n’est pas comestible ; il y en a même qui sont vénéneux... Seulement, traitée de certaine façon, on pourrait, je crois, fabriquer avec cette viande des conserves excellentes... pour la troupe... C’est à voir... Je vais soumettre au gouvernement une proposition dans ce genre... Mais il est bien sentimental, le gouvernement...

Et ici, le général se fit plus confiant :

– Ce qui nous perd, comprenez bien, jeune homme... c’est le sentiment... Nous sommes un peuple de poules mouillées et d’agneaux bêlants... Nous ne savons plus prendre des résolutions énergiques... Pour les nègres, mon Dieu !... passe encore... Ça ne fait pas trop crier qu’on les massacre... parce que, dans l’esprit du public, les nègres ne sont pas des hommes, et sont presque des bêtes... Mais si nous avions le malheur d’égratigner seulement un blanc ?... Oh ! la ! la !... nous en aurions de sales histoires... Je vous le demande, là, en conscience... Les prisonniers, les forçats, par exemple, qu’est-ce que nous en fichons ?... Ils nous coûtent les yeux de la tête, ils nous encombrent et ils nous apportent, quoi ?... quoi ?... Voulez-vous me le dire ?... Vous croyez que les bagnes, les maisons centrales, tous les établissements pénitentiaires ne feraient pas de merveilleuses et confortables casernes ?... Et quel cuir avec la peau de leurs pensionnaires!... Du cuir de criminel, mais tous les anthropologues vous diront qu’il n’y pas au-dessus... Ah ! ouitche !... Allez donc toucher à un blanc !...

– Général, interrompis-je, j’ai une idée... Elle est spécieuse, mais géniale.

– Allez-y !...

– On pourrait peut-être teindre en nègres les blancs, afin de ménager le sentimentalisme national...

– Oui... et puis...

– Et puis, on les tuerait... et puis, on les tannerait !...

Le général devint grave et soucieux.

– Non ! fit-il pas de supercherie... Ce cuir ne serait pas loyal... Je suis soldat, moi, loyal soldat... Maintenant, rompez... j’ai à travailler...

Je vidai mon verre, au fond duquel restaient encore quelques gouttes d’absinthe, et je partis.

Cela me fait tout de même plaisir, et me remplit d’orgueil, de revoir, de temps en temps, de pareils héros... en qui s’incarne l’âme de la patrie."

Octave Mirbeau, les 21 Jours d'un neurasthénique, 1901 (à mon avis l'ouvrage n'est plus guère disponible que dans les oeuvres complètes d'OM, chez Buchet Chastel/les amis d'Octave Mirbeau - Tome III)

 

15:20 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Noir honneur

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Pourquoi ai-je aujourd'hui tant de noir réconfort à penser à l'honneur ? 

"WESTMORELAND.--Oh! que nous eussions seulement ici dix mille de ces hommes qui se reposent aujourd'hui en Angleterre!

(Entre le roi.)

LE ROI.-- Quel est celui qui fait ce voeu? Vous, cousin Westmoreland? Non, mon beau cousin: si nous sommes destinés à mourir, nous sommes assez nombreux, et notre patrie perd assez en nous perdant: si nous sommes destinés à vivre, moins nous serons de combattants, plus notre part de gloire sera riche. Que la volonté de Dieu soit faite! je te prie de ne pas souhaiter un seul homme de plus. Par Jupiter, je ne convoite point l'or, ni ne m'inquiète qui vit et prospère à mes dépens: peu m'importe si d'autres usent mes vêtements: tous ces biens extérieurs ne touchent point mes désirs; mais si c'est un crime de convoiter l'honneur, je suis le plus coupable de tous les hommes qui respirent. Non, non, mon cousin, ne souhaitez pas un Anglais de plus. Par la paix de Dieu, je ne voudrais pas, dans l'espérance dont mon cœur est plein, perdre de cette gloire, ce qu'il en faudrait seulement partager avec un homme de plus. Oh! n'en souhaitez pas un de plus! Allez plutôt, Westmoreland, publier, au milieu de mon camp, que celui qui ne se sent pas d'humeur d'être de ce combat, ait à partir: son passeport sera signé, et sa bourse remplie d'écus pour le reconduire chez lui. Je ne voudrais pas mourir dans la compagnie d'un soldat qui craindrait de mourir de société avec nous. Ce jour est appelé la fête de Saint-Crépin. Celui qui survivra à cette journée, et retournera dans son pays, sautera de joie, quand on nommera cette fête, et s'enorgueillira au nom de Crépin. S'il voit un long âge, il fêtera tous les ans ses amis, la veille de ce grand jour, et il dira: C'est demain la Saint-Crépin: et alors il ôtera sa manche, et montrera ses cicatrices. Les vieillards oublient; mais quand ils oublieraient tout le reste, ils se souviendront toujours avec orgueil, et se vanteront avec emphase, des exploits qu'ils auront faits en cette journée; et alors nos noms seront aussi familiers dans leur bouche que ceux de leur propre famille. Le roi Henri, Bedford, Exeter, Warwick et Talbot, Salisbury et Glocester seront toujours rappelés de nouveau, et salués à pleines coupes. Le bon vieillard racontera cette histoire à son fils; et d'aujourd'hui à la fin des siècles, ce jour solennel ne passera jamais, qu'il n'y soit fait mention de nous; de nous, petit nombre d'heureux, troupe de frères: car celui qui verse aujourd'hui son sang avec moi sera mon frère. Fût-il né dans la condition la plus vile, ce jour va l'anoblir: et les gentilshommes d'Angleterre, qui reposent en ce moment dans leur lit se croiront maudits de ne s'être pas trouvés ici. Comme ils se verront petits dans leur estime, quand ils entendront parler l'un de ceux qui auront combattu avec nous le jour de Saint-Crépin! "

Extrait de Henri V, de W. Shakespeare.

13:17 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/10/2008

Le chat immédiat

scene de crime 5

Ce chat avait manifestement décidé d'en finir avec la vie. Je me souviens du poème stupide de Maurice Carême à propos de ce chat dans les yeux duquel le soleil entra et resta. Je crois pouvoir dire que celui-ci a vu la lumière d'un peu trop près. Enfermé dans une pièce sans issue, il a dévoré les fils électriques et est mort carbonisé. On sait que les lapins se rongent la patte pour fuir les pièges des braconniers. On sait que les voies sans issues et les pièces closes poussent les claustrophobes aux pires réactions. On sait que Sisyphe ne regardait jamais derrière lui et que nous nous persuadons chaque jour que nous sommes dans un monde différent d’hier. On sait que les modernes ont réinventé l’immédiat, que l’immédiat est « modernissime » et toutefois sans exposant. On sait que le temps de la réflexion est un temps en soi et non un temps perdu. On sait qu’il faut, comme disait Bergson, laisser le temps au sucre de fondre. Mais quelle solution ce chat recherchait-il ? Mais qui sait ce qui traversa vraiment son esprit ? Qui sait s’il y a une heure du crime, ou seulement le temps de défier le soleil et les témoins à venir ?

13:42 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/10/2008

Réviser sa solitude

MET
Considérer la vie comme un anonymat précaire, se reclure dans l’incertitude de soi, vouloir renoncer à tout pour le simple réconfort de se savoir immensément insondable. A soi-même faire les promesses qu’on refuse aux autres pour les savoir irrésolues. Deviner en quoi demain n’est jamais que la suite implacable de ce qu’aujourd’hui a pu dévoiler de médiocre nourriture. Demeurer vain, demeurer seul, demeurer au creux de son signe obscur, et affamé.  Avaler n’importe quoi, se blottir contre un mur de silence et chercher vainement le sommeil dans une chambre glacée comme l’amour des anciens. Revoir son jugement pour se détromper de temps en temps au sujet de ces inconnus et n’en conserver que l’indifférence parce qu’il est toujours trop tard. Remuer ciel et terre et mère et père. Détruire les images rêvées. Rêver la vie banale, la voir en peinture, sous reliure, rêver l’enfer des autres pour soigner son amertume. Dévoiler l’ineffable comme des promesses mystiques, des aveux métaphoriques, des visions ultra-humaines aux reflets sans couleurs. Démantibuler les corps prêtés, jouir des écarts de conduites inavoués, nier le mensonge, prêcher les vérités des morts et louer leur demeure discrète. Réinventer pour soi le destin des inventeurs, prétendre à leur éternelle félicité, persuader quiconque que rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Réviser sa solitude. Revoir la copie de Dieu, un de ces jours.

09:04 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |