07/10/2008

Réviser sa solitude

MET
Considérer la vie comme un anonymat précaire, se reclure dans l’incertitude de soi, vouloir renoncer à tout pour le simple réconfort de se savoir immensément insondable. A soi-même faire les promesses qu’on refuse aux autres pour les savoir irrésolues. Deviner en quoi demain n’est jamais que la suite implacable de ce qu’aujourd’hui a pu dévoiler de médiocre nourriture. Demeurer vain, demeurer seul, demeurer au creux de son signe obscur, et affamé.  Avaler n’importe quoi, se blottir contre un mur de silence et chercher vainement le sommeil dans une chambre glacée comme l’amour des anciens. Revoir son jugement pour se détromper de temps en temps au sujet de ces inconnus et n’en conserver que l’indifférence parce qu’il est toujours trop tard. Remuer ciel et terre et mère et père. Détruire les images rêvées. Rêver la vie banale, la voir en peinture, sous reliure, rêver l’enfer des autres pour soigner son amertume. Dévoiler l’ineffable comme des promesses mystiques, des aveux métaphoriques, des visions ultra-humaines aux reflets sans couleurs. Démantibuler les corps prêtés, jouir des écarts de conduites inavoués, nier le mensonge, prêcher les vérités des morts et louer leur demeure discrète. Réinventer pour soi le destin des inventeurs, prétendre à leur éternelle félicité, persuader quiconque que rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Réviser sa solitude. Revoir la copie de Dieu, un de ces jours.

09:04 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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