17/09/2008

Seconde peau

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Une seconde peau. Il m’aurait fallu une seconde peau et trouver sous cette pelisse morbide un peu de sommeil, de réconfort, d’amours honnêtes. Le repos éphémère sous une seconde peau, et sous la première, le repos éternel. Une autre paire de paupières, quelques doigts de seconde main, un autre visage que je reconnaisse de temps à autres comme le mien. Et puis des joues qu’on veuille bien baiser, et une bouche aussi, qui sache te parler. Une seconde peau, une autre géométrie des ombres, une architecture nouvelle pour ma silhouette, une meilleure prise au vent, un profil plus singulier, une identité plurielle. Une géographie quotidienne qui s’attache à des contours nouveaux, un indice de ce que je pourrais être subjectivement autre, meilleur, moins intact, moins perversement authentique. Une seconde peau à fleur de quoi rien ne s’électrise.

15:57 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/09/2008

La nuit est vide

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La nuit est vide et ce n’est plus l’été. La vérité a fuit toute représentation. Les grands maîtres ne sont plus, ni la naïveté qui les éleva. Il y a une impuissance latente des yeux à cerner l’image vraie. Le vague s’insinue dans les bouches et l’amertume stagne au bout des doigts. Oui, décidément, la nuit est vide et ce n’est plus l’été. Les draps sont figés dans le froid de la chambre, rien ne respire que mon corps, que les murs autour. La nuit est vide comme un miracle muet de cinématographe. Je rêve en noir et blanc de trains sans fumée, de retours sans allers, de vos cheveux à mâcher. Où est l'hiver s'il a enseveli l'été ? Je reviens à vous pour ne vous trouver qu'absente. Je reviens au sujet, et il n'en est qu'une qui ne mente. Mais elle a disparu. Rien ne respire que je puisse saisir et aimer. Où es-tu ? Quand reviendrais-je ?

12:31 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/09/2008

Je ne veux plus tant voir.

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J’ai vu. Une seconde tes yeux roulent sous tes paupières- la migraine profonde se résout - une seconde les yeux tanguent et la mer s’éclairci dans la lumière féconde tes yeux dévêtus- je voulais les revoir la seconde a battu ma mémoire -une seconde et tes yeux je n’en revois plus l’onde. Quelques fois,  ho visto. Une seconde et je veux que l’absolument impossible me soit à nouveau permis, que rien ne s’efface plus que les indélébiles marques de ce qu’il y a de plus généreux dans le malheur. Talvolta. L’assurance que rien ne me reviendra plus que les images de l’irrévérence de la vie, de la congestion des amours, des impénétrables désastres de nuits sans heurs. Des nuits paisibles dans l’absolue indifférence. Des nuits où la migraine se résolve. Un relevé de compteur, un sourire, une fronde furtive, un accord sans directive, un appel manqué, une dérobade de la flanelle sous le vent, Mademoiselle, un autre regard, une seconde toujours, une seconde, pour des instants volés. J’ai vu. Non rien vu. Pas toujours. Je ne suis pas partout, je ne suis pas à tous, pas à vous, pas toujours, pas à moi, pas encore. Ca viendra. Je verrai bien assez tôt. Non. J’ai vu. Quelques fois. Oui, j’ai vu. Et vous ? Ce que l’Homme a cru ? La migraine profonde a cru, le fleuve -quelques fois une poésie- le fleuve en crue, la poésie balayée, asséchée. Le lit de la poésie : défait. Des milliers de secondes manquées. Les tiennes, les miennes, les vôtres, les nôtres. Et énormément de violence. Par les autres, pour les autres. Pourquoi aurais-je les yeux injectés de la colère d’images qui jamais ne s’y sont imprimées ? Pourquoi verrais-je encore jusqu’à corseter mon cœur ce que l’on dépose dans d’autres pièges irisés ? Pour que vivent des milliers d’autres sous mes yeux. Ció che l’uomo credette ? Qu’ais-je pu croire moi, de vous ? Que m’a-t-on laissé voir ici ? Et là ? J’ai vu. Je t’ai vue. Une seconde. Il n’en reste pas grand-chose, tous ces gestes dans une mer impossible. Une seconde. Mais ce n’est pas rien. La migraine profonde se résout et j’ai vu quelques fois ce que l’homme a cru voir ? Non. Je n’ai rien vu, je ne veux plus tant voir. Je ne veux plus percevoir que les impossibles ressacs de la mer qui s'éloigne. Je ne veux plus rien entendre des impossibles ressentiments des autres quand je ne suis qu'heureux dans tes yeux.

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