25/07/2008

Histoire de l'oeil

bleu
C’est dans le rouge que j’ai cessé de voir. Je n’ai pas cligné d’un œil pour autant, mais j’ai cessé de voir. Un voile a obscurci mes yeux, le sang s’est amoncelé peu à peu sur la rétine, a mouillé mes joues lentement. Puis ce fut du bleu. Méthylène sur la langue. Puis ce fut le vert de l’herbe humide qui s’imprime sur les pantalons blancs dans la chute. Et le blanc, justement. Le blanc rageur des murs qui dévorent par brancards entiers les chairs qui y pénètrent. Et le noir, enfin, de la quiétude hypothétique sous la paupière. Qui déjà, conseillait, aux fins de retrouver la tranquillité, de peindre en noir ses paupières ? Il y a une cicatrice au fond de mon œil gauche. Le souvenir d’une brutalité enfantine, d’une épée de bois qui pénètre l’âme par la seule voie possible. Ma mère a eu cinquante ans hier. Le fils que je suis n’a rien à lui offrir que ce souvenir de l’affection immense d’un enfant pour celle qui s’est tant reflétée dans cet œil miraculé.

13:01 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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