22/04/2008

Fado

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Ici la vie définitivement avariée. Ici les chambres closes où s'entassent les rêves nauséabonds comme les éléments insécables du panoptique que forment nos villes. Les relents des égouts qui s'écoulent au rythme lent du sang dans nos veines. Ici la même longue et lancinante course vers ailleurs, toujours en aval.  Les jambes brisées sous les draps. L’horreur mystique dans chaque clignement de paupière. Le style désopilant des chroniques judiciaires. Les retours sans fins vers les fondamentaux éculés. Les inséparables notions de comptabilité de la vie et des chiffres. Le reclus qui vit dans ma tête. La bouche de cette femme qui se tord sans cesse. La main qui caresse sans que je la commande. Le regard lent. Les yeux lents. Ici. Les ecchymoses au coin des lèvres. L’immobilité qui ne dérange personne. Le recul et la désincarnation. La fin gratuite de l’Homme. Le souvenir éternel. La surprise gâchée. La participation à l’hystérie collective et molle de ce début de siècle. L’angoisse climatique. Le soleil qui tarde. Les fruits sans âmes les femmes sans goût, les théières vides. Les infanticides à la une. Les imprécations sempiternelles des dilettantes de l’humanité. Ici. Les surprises parties. Les comédies sans musiques. L’opéra rendu à la lourdeur. Les pages sans grain. Le papier à la pelle. Le gavage qui commence. Les oies de Noël à venir. Les fumeurs aux terrasses qui se taisent. Les petites amours des petites gens. Le fado. Le fado. Le fado. Et là-bas, Lisbonne enchantée. J'ai cherché Pessoa, je n'ai trouvé personne.

13:43 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |