29/02/2008

Dzüüd

mongolie
C’est un noyé échoué sur un Môle gris comme le Ciel au dessus des cimetières, enlacé par une méduse de cinq mètres, son visage est tuméfié, ses yeux gorgés de sang regardent fixement un horizon précaire, sur la mer disséminé. Et des flots calmes succédant aux flots calmes. Et des flots calmes encore. C’est un homme édenté dans la télévision que filment deux étrangers venus par hasard au fin fond de la Mongolie ; ils se sont arrêtés pour toujours devant cet égout où l’homme dort avec son petit garçon. Et des plaines de pierres. Et des plaines de pierres encore. Où courent des chevaux qui sont le dernier refuge de la grâce dans ce Monde transitoire. Et le crin brûle sur le transistor et j’en ai plein les narines. Et le crin brûle. Et le crin brûle encore. Où sont ces pages de Malaparte au sujet des Tartares, des chevaux et des Tanks ? Cette apocalypse de l’homme. La maison de l’Etre est un palais dévasté. Apocalypse nucléaire, apocalypse génétique, apocalypse numérique. Et des pages sans souffle dans la lumière des écrans. Et des pages sans souffle. Et des pages encore. C’est l’orage de métal dans ma tête au réveil, mon dégoût de la chair, ma fatigue, les caresses trop lourdes. C’est le goût des larmes dans ma bouche au matin. C’est ma dent plantée dans ton oreille qui refuse d’entendre. C’est le goût des larmes. Le goût des larmes encore. C’est le smog, comme tu dis, le parfum giratoire, le vent statique, la lumière vacillante. La voiture qui dérape, le camion qui s’interpose, le klaxon qui retentit pour guère plus qu’un écho assourdit. C’est la route qui nous frappe les jambes à chaque pas. A chaque pas l’immersion, l’enlisement, l’ensevelissement. La démarche du froid lente et absurde. Le lent froid. Le lent froid encore. C’est le smog et les villes en souffrance. De continent en continent, par-dessus les océans où personne n’est présent. Il n’y a pas de présence pour VOIR. Il n’y pas d’errance possible, il n’y a que des présences vaines, puisqu’il n’y a rien ni personne pour voir TOUT PARTOUT TOUT LE TEMPS. Il y a le smog qui se déplace avec nous. Il y a le Monde laid, pareillement laid qui s’éteint dès le matin. Il y la nuit qui n’en finit plus de disparaître dans l’électrique embrasement de l’univers homme. Il y a cette grande extinction du Monde. Là-dedans, c’est nous. C’est nous. Nous encore.

11:01 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.