28/02/2008

Masturbation

guyotat vivre
« Livrer à la publication le fond le plus vocal du texte masturbatoire, produire publiquement une description biographique de l’inextricable, c’est un risque à prendre si l’on sait se vivre soi-même comme une cause interne. » 
 Pierre Guyotat, Langage du corps, in Vivre, L’Infini/Denoël, Paris, 1984. Et voilà, c’est ça. C’est l’évidence.  Bien sûr ce texte est l’éloge de l’homme qui se branle, se libère, se déleste. Ce texte parle vraiment de masturbation, d’éjaculation maladroite, malhabile, experte, discrète, publicisée,… La vraie masturbation, la main sur la verge qui va, qui vient. Mais pas seulement. C’est aussi l’inextricable, l’extirpation, le jaillissement obtenu, l’aveu du corps cédant aux pressions de l’homme qui  tout entier s’enroule autour de sa queue.  Et voilà. C’est ça. C’est exactement - peut-être à la limite, mais tout de même rendu, d’une manière ou d’une autre, à l’exactitude de la réalité-  Ça.C’est ainsi que je conçois l’écriture. C’est du travail, un désir sans doute, une pulsion certainement. Mais un labeur, un écolage, un apprentissage, une discipline.  Hier. Ou la veille. Peu importe.  A la télévision il y a cette femme écrivain. Cette idiote. Qui parle des voix qu’elle entend. Tous les écrivains entendent ces voix, le processus est tel, bla bla. Et voilà qu’elle s’agenouille sur ce mysticisme moderne et crétin. Je suis écrivain, j’entends des voix. Là haut, il y a un grand dictaphone, je suis notaire de tout ça.

ET MERDE…

La littérature réduite à cette gageure de demi-folle qui prend son inconscient ou sa vague capacité intellectuelle à cerner sa dépression et à y mettre des mots.  [CL, je n’aime pas ses romans, mollement libertine- carnets nets d’une sous-soumise de province… blablabla, une écriture de femme pour femme : ça pue la frustration : je ne suis pas exact, mais en colère, mais tout le même, je ne l’aime pas cette femme, je n’aime pas les femmes ? Si bien au contraire, j’aime la femme, l’autre, celle qui se dessine en négatif de celle-ci. On a dit bien pire des femmes, Baudelaire au sujet de Sand : « cette latrine… » Je ne suis pas Baudelaire, je ne connais pas CL (croisée dans une foire du livre, seulement, lui ai apporté le café- pas un sourire pas un merci), je n’aime pas ce qu’elle dit, ça me rend malheureux, tous ces discours m’isolent, je n’aime pas les mots qui m’égarent au milieu de rien. Je n’aime pas me sentir seul avec mes idées. Il y a quelqu’un ?]  Cette créature prend ça pour un délire spirite puissant… pour un appel… Le journaliste dodeline de la tête comme un chien de plastique sur une lunette arrière de voiture populaire. Le journaliste ne journale plus, il dodeline, il feint.                                     … pour une vocation sublime qui touche sa plume et sa main déjà vieille…. Si. Elle est vielle.Je crois que rien n’est pire pour la littérature que ces contempteurs exaltés qui se déclarent écrivains et n’ont pas même pu cerner ce qui en eux fait germer l’idée, la phrase, le verbe, la ligne, la page, le chapitre, le livre, le point.  Vu hier soir, plus tard, Miro filmé par Maeght créant, modelant, répandant son génie, l’étirant du bout du doigt. Il fronce un sourcil, puis l’autre. Se concentre. S’arrête. Observe, s’écorche les doigts. Rien de mystique là-dedans. Des moments, des traits, une mise en place de poétique. Peut-être. Une discipline, certainement. Et des souffrances. Mais pas de voix.

12:29 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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