20/11/2007

Pardon pour la poussière

pardon pour la poussiere
Libre adaptation d'après une photographie de l'incroyable Saudek.

Et pardon pour la poussière, le grand merdier planétaire. Pardon pour les infanticides manqués, les crachins en fait d’orages éclatés. Pardon pour les soleils éclatants de milliers de mégatonnes de conneries, pour les ensembles sans théorie, pour les fratries sans famille, pardon pour le degré zéro, pour les extérieurs démesurément aveugles, pour les installations dans le Bonheur. Pardon pour le soupir long. Pardon pour les jardins à loisir où l’on s’enivre de la putridité des fleurs. Pardon pour les types renfrognés qui vous dévisagent sans un mot dans les trains bondés, pardon pour les types qui lisent par-dessus votre épaule et par-dessous votre langue. Pardon pour les colères d’ingénues, pardon pour les mâles hystéries, pardon pour les puciers sans fond, pardon pour les délires sans imaginaires. Pardon pour les voix brisées, pour les regards sans teint. Pardon pour les retards et pour les arrivées. Pardon pour les nains renfrognés, pardon pour les cirques disloqués. Pardon pour les sourires sans faille où l’on voit briller le désert. Pardon pour la solitude de ceux qui ont toujours été trop présents dans nos vies cupides. Pardon pour la cécité soudaine des mots qui remercient. Pardon pour les oublis volontaires, les démesures de la haine. Pardon « on ne peut pas être formidable tout le temps » et « on n’est pas obligé de vous aimer Madame » quoi que disent les convenances. Pardon pour les inconvenants congénitaux les ingénus convenables les convalescents minables. Pardon pour les ingénieux incapables qui s’organisent sur le silence, pardon pour les inaptes qu’on applaudit sans fin. Pardon pour la fin des applaudissements, justement, il y a des au revoirs éphémères comme un arc qui se détend. Pardon aussi pour les pauvres fous qui ont eu trente ans. Pardon pour le courage qui leur manque et les cordes que je cache sous le lit. Pardon pour les crochets des abattoirs. Pardon pour l’envie qu’inspirent les animaux toujours la tête dans la boue ou le derrière d’un autre à lui plus semblable que nous aux nôtres. Pardon pour le souvenir abjecte des femmes qu’on n’a jamais quitté que d’un lâche baiser. Pardon pour les autres qu’on suit de loin et qui sont désormais à d’autres encore. Et puis jamais vraiment. Jamais tout à fait. Pardon de n’avoir jamais rien perdu d’Elles. Pardon pour les pages mal lues, pardon pour les livres mal vendus, pardon pour les clients perdus. Pardon pour le mépris. Ou tant pis. Pardon pour les sentiers déments qui courent tous au même précipice de l’écriture fertile. Pardon pour la nature déshumanisée. Pardon pour le souffre au cul des femmes adultères. Pardon pour l’asphalte mal avalé. Pardon pour le bitume toujours trop froid pour s’y coucher. Pardon pour le dégel de l’indifférence. Pardon pour mon poing dans la gueule. Pardon pour les torts et les nez redressés. Pardon pour le viol de vos impudeurs, pardon pour la corde qui vibre encore dans le coffre de ton instrument trop lourd. Pardon peut-être aussi pour les émotions des dimanches sourds. Pardon pour le firmament que ne peux plus voir. Pardon pour les étoiles écrasées sans ambages, pour les amours grises, pour les gyrophares arrêtés, les morts dans les ambulances qui roulent toujours plus vite, vainement vite. Pardon pour les virages pleins d’innocents. Pardon pour les sacrifices et les bûcher gorgés de sangs en ébullitions lentes. Pardon pour la marche forcée des millions d’oubliés. Pardon pour les redites lamentables, les désunions, les rancœurs, les supplicés des bégaiements historiques. Pardon pour ma coquetterie. Pardon pour mes amis. Pardon pour la bandaison plus là. Pardon pour le cinéma. Pardon pour les images sans fin qui défilent qui défilent qui défilent. Pardon pour le temps qui s’écrase. Pardon pour le Faut mourir. Pardon. Pardon. Et pardon pour la poussière.

15:04 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

velouté de verbiage Ah le pardon.. Le pardon telle une offrande votive mais pas en vain car sa valeur et se véracité viendront un jour faire valoir le vigilent et le vertueux. En vérité tout cela vire vraiment au verbieux, alors Pardon de vous remercier pour cette danse du langage !

Écrit par : pianocktail | 09/12/2007

Pardon pour la poussière. RIP DP Allez donc lire le texte du 29.11.2005 que Lucas Violin dédie à Dorothy Parker. Vous y trouverez l'origine de ce "Pardon pour la poussière" tellement chargé de sens.

Écrit par : C. | 14/06/2008

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