09/07/2007

Le temps ne respecte plus rien

racines

Le temps ne respecte pas ce que l’on fait sans lui. Il avait dit. Il avait dit beaucoup d’autres choses, par ailleurs, mais celle-là était dans le marbre de mon cervelet. Il n’était pas question de décevoir le temps, naturellement. C’était acquis. C’est pour cela qu’il ne s’acquittait jamais de ses nuits, qu’il gagnait toujours un peu plus sur le jour, qu’il ne semblait plus à ses yeux que la nuit n’était qu’une évocation. Le temps ne s’égarerait plus désormais, nulle part. Dans nul espace vide comblé de stupeur et de déraison, sur nulle scène, sous peu importe le Ciel, cet impur amoncellement de vapeurs pestilentielles (HAMLET le patient ZERO de la dépression du sens). L’absence, son absence voilà qui éclairait définitivement la fatale perte de signification dont était sujet cet été et peut-être même l’époque. Un triple pontage cardiaque - Implanter une veine ou une artère servant de pont entre l’aorte et la partie du vaisseau coronaire située en aval de l’obstruction – TROIS FOIS. La racine du marronnier s’enfonçait dans la terre, juste en dessous de mon banc. Je ne me rappelais plus que c’était une racine. Les mots s’étaient évanouis et, avec eux, la signification des choses, leur mode d’emploi, les faibles repères que les hommes ont tracés à leur surface. J’étais assis, un peu voûté, la tête basse, seul en face de cette masse noire et noueuse, entièrement brute et qui me faisait peur. Il y a maintenant les racines de son cœur qui s’égarent en d’infinies circonvolutions tout autour de moi. Je le vois entouré de ces tentacules immenses. Il y a Rilke avant Sartre et Hoffmanstahl aussi dans la lettre de Lord Chandos. Artère, pontage, le temps. Quel mot prend encore sens dès lors que la nausée nous vient lorsqu’on le prononce ? Qui peut encore croire que tu aurais pu mourir ? Que le temps te manque de respect à ce point ?   

13:19 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

le temps ne respecte pas ce que l'on fait sans lui, j'aimerais que l'on m'explique en claire ce que cela veut dire merci

Écrit par : GARDE | 17/09/2009

aimerais comprendre

Écrit par : GARDE | 17/09/2009

Monsieur vous aimez la clarté en voici donc une poignée :
Cette phrase est de Lao Tseu (Tao Tö King)
Si l'on admet que le temps se profile comme une donnée non individuelle mais relative à une perception commune, partagée, d'une société donnée, d'un ordre donné des choses et donc (peut-être) à un progrès, alors on peut considérer sans doute que rester hors du temps, à la marge, dans une autre dimension du temps, contrariant le temps en posant des actes qui ne se profilent pas au bénéfice de temps partagé est vain, méprisé et oublié.

Voilà le contexte dans lequel cette phrase fut inscrite au fronton de la salle de répétition d'une compagnie théâtrale. Alors qu'une trentaine de comédiens montaient ensemble depuis un an l'Opéra de Quat'sous de B. Brecht, le metteur en scène, insatisfait de voir certains membres de la compagnie manquer à leur travail, s'absentant des réunion ou vaquant à d'autres activités, entra sans un mot dans la salle et écrivit ses mots au dessus de la porte... Le geste a fait débat, vous vous en doutez.
Cordialement,
L.V

Écrit par : Lucas Violin | 23/09/2009

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