06/04/2007

Mon apesanteur.

mon apesanteur

Au faîte du désespoir ? Vraiment !? Lamentations… lamentations ? Au faîte ? Au fait, aux faits, toujours des faits. Alors voilà un fait, un fait indiscutable même, un fait en toutes lettres : je suis heureux, souvent, maintenant. Je n’ai plus que de belles après-midis. Qu’on se le dise, je ne démordrai pas de cette prise. J’y ai planté mes crocs et lâcher la proie pour l’ombre ne ressort pas de ma condition. Donc, pour votre gouverne, Madame, je ne suis pas malheureux. Pas aujourd’hui, justement. Mais je sais que je ne suis bon qu’à ça. A vous entretenir dans une erreur certaine, celle où vous êtes si bellement confinée dans mon esprit pervers : l’inquiétude langoureuse de moi, de mon sauvetage improbable, de mes souffrances aux timbres bibliques, de mon inadaptation supposée, de mon égocentrique extinction. Je geins et vous accourrez, et je sais alors que j’ai encore quelqu’espoir que le malheur nous réunisse à nouveau. Je vais vieillir vous savez. Et puisque je vous aime bien, je vous fais cette confidence : je vais vieillir longuement et sagement. Je ferai l’économie de mes larmes. Je vous en enverrai, si vous voulez, entre deux plaquettes de verre. De celles dont on se sert pour les microscopes. Vous pourrez y voir que votre ombre s’égare encore dans chacun des recoins de ces fragments de néant. Que votre ombre y restera figée, comme dans mon esprit. Mais vos yeux lumineux, votre voix de comptines, votre sournoise intelligence, vos égarements attachants… toutes ces délicieuses poses, rien de tout cela ne vous rendra jamais à ma faim de vous. Rien de tout cela ne sera plus jamais apparition, évocation d’un spectre shakespearien,… Je suis repu d’un autre amour. Et je suis tout disposé à vous rassurer : il n’est mesurable qu’à l’aune de ma détermination à être enfin seul avec Elle, à vivre ma solitude à ce prix : il faut se déshabituer de ses rêves d’éternel. Je suis amoureux d’une femme sublime qui me quittera un jour, comme vous le fîtes, et rien ne m’est plus précieux que cette leçon : il faut se défaire de toute idée d’Eternité, c’est tout ce que l’Amour enseigne. Or l’amour est notre seule donnée empirique. Tout le reste relève du théâtre des illusions du Monde. Ce cabinet des curiosités où la loi de Newton elle-même me semble farfelue. Il me semble qu’un jour les corps cesseront de tomber. Il me semble que ce jour, c’est aujourd’hui.

18:45 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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