25/02/2007

Pourvu que je dorme

pourvuque

Il y a un chien à Tirana qui cligne de l’œil, une pute à Buenos-Aires qui me dit je t’aime, un petit mendient Tiruchirapali qui me regarde envieux, une femme amoureuse à Genève qui rit sans cesse, une autre à Trieste qui veut faire une promenade dans le Karst sur une 500 Kawazaki, une secte d’Américains hilares sur un bateau au milieu du lac Nasser, une folle à Central Park New-York qui ressemble à ma mère, un ahuri québécois qui veut flexer quelque chose, un français à Bruxelles dont le roman ne se lit pas, une veuve imbécile à Pise qui veut redresser une Tour, un soldat mourant au Cap Horn qui respire largement et un aréopage de lectrices de Eric Sœur Emmanulle Schmmitch qui me demandent si c’est bien trois euros nonante cinq centimes pour se ruiner l’âme à H***, capitale Mondiale de la Béotie. Tous ces gens qui m’empêchent de dormir. Je voudrais être au Pérou, Outsiplou, Pétaoucnok, Lilliput, Utopia, Nullepartland, Kosekin, Brissonte,… je voudrais être dans l’œil d’un champignon atomique. Pourvu que je dorme.

01:48 Écrit par Lucas Violin dans Gueuloir | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

17/02/2007

Dernier acte

kennedy

Au Diable, au Diable toujours, au Diable encore. Diable. Diableries. Diable que c’est bon. Que c’est bon l’amer, que c’est fort l’amour, que c’est fou la mort. Diable. Diable. Foudres du jour, éclairs sur un matador que le taureau épargne et que l’orage terrasse. Fin. Sublime fin. Dernier acte.  

J’ai appris que JFK a reçu cinq ou six fois l’extrême onction. On le croyait toujours mourant, atteint qu’il était d’une maladie orpheline. Une balle a suffit, un jour ensoleillé, alors qu’il était au faîte de sa vie. Assis aux côtés de la femme la plus admirée au monde, encordé sur la Montagne du pouvoir en tête de l’équipe d’Ascension, amant de la plus extravagante des actrices -la plus géniale des Ingénues, une balle dans le cou. Puis une deuxième- une abeille de cuivre rouge (Vian)- a atteint l’omoplate gauche, puis un troisième disperse le cerveau. Et le bougre vit encore. Encore une. Deux, trois minutes. Être dans la tête de John à ce moment précis. Voilà pour quoi je vendrai mon âme au Diable. Diable.

  

22:39 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Plaire au Ciel ?

plut au Ciel

S’il plût au Ciel.

S’il pleuvait au Ciel ?

S’il plaisait au Ciel ?

Qui plairait au Ciel ?

Si le Ciel pleurait ?

Qui le Ciel pleurerait-t-il ?

Qui, pour qui, si pouvait se plaire le Ciel ?

Qui se plairait ?

Qui se plaindrait ?

Qui se plairait au Ciel ?

Qui se plaindrait au Ciel ?

 

Hommage à Roger, amant éternel de Monique.

 

Il l’avait aimée jusqu’au bout. Avait confessé au funérarium, autour d’un café mauvais, qu’il survivrait parce que pour elle il avait fait son devoir. Pour elle, qu’il avait aimée toujours, jusqu’au bout. Qu’il aimait même morte. Il avait souhaité qu’on emporte le corps plus tôt que prévu, remué Ciel et Terre pour qu’on l’emmène, parce que voyez-vous ses doigts étaient déjà bleus. Ses doigts. Ces doigts. Les doigts qu’il avait mille fois serrés dans ses paumes maladroites. Il la pleurerait longtemps, vous le saviez. Il attendrait. L’attente serait douce. Il avançait péniblement, lentement, s’appuyant sur une béquille, relevant la tête, mordant sur sa langue, escamotant la douleur, cette douleur qui le lançait dans la hanche, cette hanche souffrante que son pied-bot n’avait pas épargnée. Chaque jour, enfiler cette maudite chaussure dont il n’avait jamais changé. Partir à l’hôpital, manger avec elle, l’aimer, lui faire l’amour du bout des yeux, encore et encore. Ce soir, en rentrant à la maison, il regardera la perruque de sa moitié et se demandera qu’en faire. Ses cheveux repoussaient pourtant. Ces cheveux. Il regardera cette paire de lunettes qu’elle n’a pas eu le temps de porter, parce que la vue baissait moins vite que la vie ne s’en allait. On a mesuré aujourd’hui ce que l’amour enfreint chaque seconde de lois naturelles. Nous pleurons tous. Ce soir, toute la famille voudrait partager le même cœur, le sien. Celui de cet homme debout qui ne cessera jamais de l’aimer, qui la verra chaque jour, tordant le cou- penchant la tête- ouvrant la bouche dans un dernier râle alors qu’il entrait à peine dans la chambre. Lui qu’elle avait attendu jusqu’au bout pour mourir la main dans la sienne. Il avait retenu le pouls lent, très lent avant que. Avant que rien.

21:30 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Syllepses de rêves

syllepses 2

"Si je parle du temps, c'est qu'il n'est pas encore,

Si je parle d'un lieu c'est qu'il a disparu,

Si je parle d'un homme il sera bientôt mort

Si je parle du temps c'est qu'il n'est déjà plus."

Raymond Queneau, l'explication des Métaphores.

 

Pour la Mort, l’amour est un épiphénomène psychologique. Elle me tend ses bras d’albâtre, le soir, et m’y berce lentement. La nuit je me couche sur une femme que sculptent mes yeux dans l’épaisseur obscure. Elle a les mains tranchantes. Je mordrai dans la pierre dans le marbre ou le grès, j’écarterais la fonte, je surgirai sans fin dans tes visions absurdes. Faire l’ange, ne rien recevoir, ne plus rien avoir à enfreindre que la loi écrite sur ses hanches au fer rouge.

N’être plus rien et nulle part. Confondre l’insecte dans l’ambre, ma vie dans l’écrin de son con. Réécrire une comptine pour des enfants sans âme, immoraux, fantômes… et devenir eux chaque jour.

Chaque jour que fait Dieu, chaque colonne qu’il dresse entre la Vierge et l’Ange, chaque dalle sans inscription où avance un serpent, les compter. Les compter. L’Eternité, l’éternité, laissez moi-le temps de compter jusqu’à dix, dit Louis Aragon. Un, deux, trois.

Un. Un. Un.

Répéter, répéter encore. Mesurer combien pèse le silence maladroit qu’elle laisse traîner sur moi. Répéter, répéter, à voix basse. La langue remue encore, s’endort dans ma bouche malade. La langue prolonge le muscle du cœur. C’est évident. Evident. L’évidence aussi, cette saloperie, il faudrait l’exiler. La charteriser, la karcheriser, la mailer sur une not found address.

Et puis surtout, se décapiter un peu. Se laisser le loisir d’une décollation de temps à autre. Guillotinez-vous vous même en quinze jours ! Trouvez Salomé, faites lui un sort. Il n’y a pas de plateau assez grand pour vos idées.    

15:19 Écrit par Lucas Violin dans Défouloir | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/02/2007

My so [un]funny Vantine

unfunny valentine

 

Un jour de Saint-Valentin, je pense que s'imposait ce petit retour à des sources qui ne sont pas tout à fait les nôtres pour évoquer un sentiment qui nous est toujours plus ou moins dérobé par le temps par la vie et par ce traitre sublime entre tous : l'être aimé.  

 

Chanson de suicide des amants.

(Na Khi, Mo-So.)

 

Les amants de Na Khi se suicident volontiers quand ils s’aiment hors du mariage, afin de ne pas être séparés.

 

La Jeune fille

 

Je t’aime, ô jeune homme.

Pourquoi

es-tu né dans cette demeure –

le seuil doré de ta demeure

tu l’as franchi en partant –

ta mère qui te mis au monde,

tu dis que son cœur est doux –

tu penses certes à ta mère

et ton cœur n’est pas triste –

mais pourquoi être triste ?

Tous tes parents –

les champignons au pied des pins –

ils vieilliront

comme le champignon au pied du pin

et ils mourront, telle est la loi,

il faut mourir on ne peut fuir…

Tous les deux

demain ou après-demain

ensemble à jamais nous irons

nous tenant par la main –

nous pouvons le faire.

Dans la vie, dans la mort nous suivons une route

nous deux –

la source meurt dans les rochers.

Plus vite nous mourrons,

nous renaîtrons plus vite…

O mon amour passionné,

que ton cœur ne soit pas triste

ce soir d’or,

cette nuit !

Tu es né dans un petit village –

les gens qui ne nous aiment pas

nous chercherons comme aiguille perdue –

ils te chercherons, ô mon amant

et ils me chercheront –

ce soir doré

cette nuit même.

Sur les neufs Montagnes, au pied des pins –

les faisans appellent –

je t’aime –

ne montre pas de remord –

ne pense ni à droite ni à gauche.

Le poison doré, l’huile empoisonnée,

buvons-en .

Viens dormir, dormir.

A quoi penses-tu ?

Dis.

 

Le Berger.

 

Moi

penser à la gauche et à la droite ?

Non je n’y pense guère –

en hiver le hibou appelle.

Telle est la coutume –

les mots sont sans fin –

je voudrais mon cœur plus triste –

mais je me tairai.

Le poison doré, l’huile empoisonnée,

il nous faut en boire.

Buvons ensemble –

tous les deux

abordons la terre des morts.

Il nous faut partir –

nous devons partir !

 

extrait de Trésors de la Poésie Universelle, Gallimard Unesco, sous la direction de R. Caillois et J-C Lambert.

12:05 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/02/2007

Pourquoi on s'évertue

Verhaerenblog

 

Un soir, au creux de mon lit, j’ai découvert pourquoi je m’évertuais à être ce que je suis. Cette découverte, je l’ai faite en lisant Emile Verhaeren.

Un matin

Dès le matin, par mes grand'routes coutumières
Qui traversent champs et vergers,
Je suis parti clair et léger,
Le corps enveloppé de vent et de lumière.


Je vais, je ne sais où. Je vais, je suis heureux ;
C'est fête et joie en ma poitrine ;
Que m'importent droits et doctrines,
Le caillou sonne et luit sous mes talons poudreux ;

 

Je marche avec l'orgueil d'aimer l'air et la terre,
D'être immense et d'être fou
Et de mêler le monde et tout
A cet enivrement de vie élémentaire.

 

Oh ! les pas voyageurs et clairs des anciens dieux !
Je m'enfouis dans l'herbe sombre
Où les chênes versent leurs ombres
Et je baise les fleurs sur leurs bouches de feu.

 

Les bras fluides et doux des rivières m'accueillent ;
Je me repose et je repars,
Avec mon guide : le hasard,
Par des sentiers sous bois dont je mâche les feuilles.

 

Il me semble jusqu'à ce jour n'avoir vécu
Que pour mourir et non pour vivre :
Oh ! quels tombeaux creusent les livres
Et que de fronts armés y descendent vaincus !

 

Dites, est-il vrai qu'hier il existât des choses,
Et que des yeux quotidiens
Aient regardé, avant les miens,
Se pavoiser les fruits et s'exalter les roses !

 

Pour la première fois, je vois les vents vermeils
Briller dans la mer des branchages,
Mon âme humaine n'a point d'âge ;
Tout est jeune, tout est nouveau sous le soleil.

 

J'aime mes yeux, mes bras, mes mains, ma chair, mon torse
Et mes cheveux amples et blonds
Et je voudrais, par mes poumons,
Boire l'espace entier pour en gonfler ma force.

 

Oh ! ces marches à travers bois, plaines, fossés,
Où l'être chante et pleure et crie
Et se dépense avec furie
Et s'enivre de soi ainsi qu'un insensé !


Emile Verhaeren, in Les forces Tumultueuses, Mercure de France, 1943 (réédition).

10:22 Écrit par Lucas Violin dans La parole aux amis | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |