17/02/2007

Plaire au Ciel ?

plut au Ciel

S’il plût au Ciel.

S’il pleuvait au Ciel ?

S’il plaisait au Ciel ?

Qui plairait au Ciel ?

Si le Ciel pleurait ?

Qui le Ciel pleurerait-t-il ?

Qui, pour qui, si pouvait se plaire le Ciel ?

Qui se plairait ?

Qui se plaindrait ?

Qui se plairait au Ciel ?

Qui se plaindrait au Ciel ?

 

Hommage à Roger, amant éternel de Monique.

 

Il l’avait aimée jusqu’au bout. Avait confessé au funérarium, autour d’un café mauvais, qu’il survivrait parce que pour elle il avait fait son devoir. Pour elle, qu’il avait aimée toujours, jusqu’au bout. Qu’il aimait même morte. Il avait souhaité qu’on emporte le corps plus tôt que prévu, remué Ciel et Terre pour qu’on l’emmène, parce que voyez-vous ses doigts étaient déjà bleus. Ses doigts. Ces doigts. Les doigts qu’il avait mille fois serrés dans ses paumes maladroites. Il la pleurerait longtemps, vous le saviez. Il attendrait. L’attente serait douce. Il avançait péniblement, lentement, s’appuyant sur une béquille, relevant la tête, mordant sur sa langue, escamotant la douleur, cette douleur qui le lançait dans la hanche, cette hanche souffrante que son pied-bot n’avait pas épargnée. Chaque jour, enfiler cette maudite chaussure dont il n’avait jamais changé. Partir à l’hôpital, manger avec elle, l’aimer, lui faire l’amour du bout des yeux, encore et encore. Ce soir, en rentrant à la maison, il regardera la perruque de sa moitié et se demandera qu’en faire. Ses cheveux repoussaient pourtant. Ces cheveux. Il regardera cette paire de lunettes qu’elle n’a pas eu le temps de porter, parce que la vue baissait moins vite que la vie ne s’en allait. On a mesuré aujourd’hui ce que l’amour enfreint chaque seconde de lois naturelles. Nous pleurons tous. Ce soir, toute la famille voudrait partager le même cœur, le sien. Celui de cet homme debout qui ne cessera jamais de l’aimer, qui la verra chaque jour, tordant le cou- penchant la tête- ouvrant la bouche dans un dernier râle alors qu’il entrait à peine dans la chambre. Lui qu’elle avait attendu jusqu’au bout pour mourir la main dans la sienne. Il avait retenu le pouls lent, très lent avant que. Avant que rien.

21:30 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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