19/12/2006

About what will never happen

Honte

Leurs yeux sur nous pour nous couvrir de honte.

Tout est littérature, même le mépris que je lis au fond de mes propres yeux dans le miroir. De ce qui se réapproprie, de ce qui se consume dans le noir, de ce qui s’abreuve de silence, de ce qui s’effondre sans bruit - comme un corps dénudé sur le sol d’une salle de bain- de ce qui s’illumine un instant seulement- les feux d’un avion à travers le velux- de tout ceci le poème ne dit rien. Il ne dira jamais rien. C’était un poème écrit comme ça, du bout tremblant d’un doigt sur un clavier sanglant. La main se vidait de sa prose comme de sa vie, l’hémoglobine encore chaude collait, les lettres peu à peu s’effaçaient. La main devenait aveugle. Il faudrait la prose du monde pour y songer un peu. Pour songer à cette chute. A cet homme qui se traîne dans un demi coma jusqu’à son bureau pour écrire à ceux qu’il aimait à tort. Jadis. Là, maintenant et ici, tout ceci ne semble plus rien vouloir dire. Devant le miroir je vois ployer les genoux, le verre se briser entre mes doigts tandis que la drogue se propage et me tend tout entier vers la brisure, je vois mes lèvres se refuser aux suppliques de l’agonie que mes mains fileront plus tard, sur un piano impur, je vois mes bras me traîner encore jusqu’à toi, là, sur le bureau, dans ce cadre sur cette photo, et je vois tes yeux sur moi pour me couvrir de honte. Ils me parlent de tout ça, ils me parlent de ce qui ne se produira jamais. Et plus rien ne saigne en moi. Pas un souvenir. Fin de la prose. Oreiller brûlant. Lit vide. La matinée n'est plus qu'un tronc mort derrière la fenêtre, un tronc mort trop illuminé, un tronc que la nuit a jeté en pâture au jour. Il est tard déjà. Je me lève. 

21:23 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Ecris "Éclaire ton sang.

Écris."

(C. Bobin, Isabelle Bruges)

Écrit par : Barnabée | 21/12/2006

je crois avoir compris alors...

Écrit par : charlotte | 10/01/2007

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