24/09/2006

Sur glace

« Dix doigts c’est trop peu pour comprendre

[…]

Chaînes faveurs autour des jambes. »

Paul Eluard, in Poésie ininterrompue, Poésie Gallimard.

 

Il a encore un flingue de trop à la ceinture. J’en démords pas je l’aime ce type. Il sait le goût de noisette au fond du bourbon, l’œil qui s’épuise sur l’écran, la main qui tremble. Il sait le besoin de l’écrire, de le lire au besoin, il sait la nécessité de se rendre les choses nécessaires. Il sait sans doute pleurer comme un con. Il sait pas pourquoi on meurt, pas toujours pourquoi on s’en va. Peut-être qu’il s’en branle. Non, ça m’étonnerait. Il sait ce que ça veut dire une main sur l’épaule. On ne peut pas être formidable tout le temps. Il se surveille beaucoup à ce sujet là. Il a la philia. Il sait de quoi on cause quand on se dit que la nuit prend des ecchymoses. Il sait pourquoi on a toujours trop peu de coinstaux bizarres, pourquoi les dévoreurs de tropiques nous empêchent de dormir. Il sait le relent immonde de l’aube. Il sait pourquoi on s’enferme dans des chambres sans témoins. Il sait pourquoi l’enfer s’écrit au conditionnel. Il va revenir, il est déjà là.

13:37 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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