18/09/2006

Des maîtres, pour mieux dire.

Des maîtres étaient, épars, cherchant disciples et bâtons. Des maîtres qui guettaient. Sur cette planète-là, il n’est pas de savoir digne. On excelle dans le brouhaha. On brille de toute l’éternité du silence. On y paye son dû à l’existence. Des maîtres couraient en tous sens. Sens dessus dessous, le temps faisait une danse. Des maîtres par dizaines, par lesquelles seuls se distingue le monde, se distinguent les hommes. Des maîtres pour mieux dire l’arrogance, l’angoisse de l’immense. De retour de la planète des Sages, je me jette aux genoux de femmes, je me jette en pitance, en pâture, à l’absurde de leurs hanches. Des maîtres me faisaient un regard en défiance, en défaillance. Des maîtres, je n’ai jamais voulu en prendre.

Je quitte l’université, je pense à Benjamin, je pense à Barrès. Je pense à cette idée qu’il se faisaient de l’université. Que le mépris moderne, c’est précisément une mauvaise idée si l’on veut passer à la postérité. Le mépris, surtout, de la médiocrité. Je me dis que je ne suis toujours pas un numéro et que j’ai été un bon prisonnier. Je me dis que six ans de ma vie à en crever pour des maîtres qui ignorent tout de ce que c’est – la vie – c’était cher payé. Je me dis que j’en suis sorti vivant et que j’ai laissé le reste mourir un peu. Je repense à celui-là qui téléphonait pendant mon examen, à cet autre qui ne sait pas qui est Walter Benjamin, à ce troisième qui n’aimait que les rampants, les étudiants à sang froid, les chiffes molles qui n’ont pas fait une seule guerre des boutons. A ceux qui ont le loden cousu à la peau et l’inculture crasse d’un Jean-Pierre Foucault. Je pense à cet ami qui n’est pas allé au bout et qui était le meilleur de nous tous. Je pense que ce monde est médiocre et qu’il aura notre peau. Je pense que beaucoup se rêvent des maîtres à leur tour, et je n’aime pas leurs yeux sur moi.

 

00:16 Écrit par Lucas Violin dans Défouloir | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.