14/09/2006

Ô que j'aille à la mer !

 

Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer ! Je suis fatigué. Il me faudrait à moi aussi une mer incompréhensible. Je ne me rejoins plus. Je me suis déserté, je me suis abîmé. On s’interrompt parfois et on change d’idée. Moi je voudrais interrompre tout le monde, à chaque instant. Prendre le temps de ma faire aimer. Y parvenir avec patience, sans heurter personne. Seulement me faire aimer. On se méprend parfois, on a une vague idée de ce que la marée apporte, on se rend à l’évidence des mensonges. Moi j’y croyais, à sa voix tremblante au téléphone, je croyais à nos petites morts, même si je m’éveillais encore, chaque matin. Les amants de Na Khi se suicident volontiers quand ils s’aiment hors du mariage, afin de ne pas être séparés. Je n’avais besoin d’aucun désespoir. Je n’avais besoin d’aucun mensonge, mais j’aimais ça. Je crois que je vais me nuire encore longtemps.

 

(Nah Khi Mo-So)

Chanson des amants.

 

« La Jeune fille

 

Je t’aime, ô jeune homme.

Pourquoi

es-tu né dans cette demeure –

le seuil doré de ta demeure

tu l’as franchi en partant –

ta mère qui te mis au monde,

tu dis que son cœur est doux –

tu penses certes à ta mère

et ton cœur n’est pas triste –

mais pourquoi être triste ?

Tous tes parents –

les champignons au pied des pins –

ils vieilliront

comme le champignon au pied du pin

et ils mourront, telle est la loi,

il faut mourir on ne peut fuir…

Tous les deux

demain ou après-demain

ensemble à jamais nous irons

nous tenant par la main –

nous pouvons le faire.

Dans la vie, dans la mort nous suivons une route

nous deux –

la source meurt dans les rochers.

Plus vite nous mourrons,

nous renaîtrons plus vite…

O mon amour passionné,

que ton cœur ne soit pas triste

ce soir d’or,

cette nuit !

Tu es né dans un petit village –

les gens qui ne nous aiment pas

nous chercherons comme aiguille perdue –

ils te chercherons, ô mon amant

et ils me chercheront –

ce soir doré

cette nuit même.

Sur les neufs Montagnes, au pied des pins –

les faisans appellent –

je t’aime –

ne montre pas de remord –

ne pense ni à droite ni à gauche.

Le poison doré, l’huile empoisonnée,

buvons-en .

Viens dormir, dormir.

A quoi penses-tu ?

Dis.

 

Le Berger.

 

Moi

penser à la gauche et à la droite ?

Non je n’y pense guère –

en hiver le hibou appelle.

Telle est la coutume –

les mots sont sans fin –

je voudrais mon cœur plus triste –

mais je me tairai.

Le poisson doré, l’huile empoisonnée,

il nous faut en boire.

Buvons ensemble –

tous les deux

abordons la terre des morts.

Il nous faut partir –

nous devons partir ! »

 

cité in Roger Caillois et Jean Clarence Lambert, Trésor de la poésie universelle, Gallimard/Unesco, 1958.

18:04 Écrit par Lucas Violin dans La Prose du Monde | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

il pleut la chançon de Barbara, non, pas Cartland bordel
me poursuit, je la fredonne et je frémie
femme a talons doit faire attention de ne pas se casser la gueule, surtout par ce temps
surtout par ses temps
elle fait semblant et c'est tout.

Écrit par : charlotte | 09/11/2006

<>

A quoi sert d’être si pompeux quand on ne sait même pas écrire <> et <> correctement.

<<Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer ! Je suis fatigué>> Ouais ben, vas-y fonce mec !

Écrit par : Rom | 04/12/2008

ô que j'aille à la mer Cher Rom (toi même tu sais - tmtc ???),



Je me permets de t'appeler Rom et à ce stade, tu m'es encore cher.

Je m'autorise aussi à te tutoyer, ce qui n'est trivial que si l'on s'accorde à dire que tu as donné toi même le ton de cet échange par l'apostrophe laissée sur mon blog le 4 décembre dernier.

Tu vas rire : Je reconnais qu'il y a bien deux fautes d'orthographe sur ma page d'accueil ("alitérations" et "assonnances", faut-il être bête) et j'admire ta sagacité parce que personne ne l'avait encore relevé (en trois ans c'est peu dire) et surtout pas moi.

Dois-je m'amender plus encore ?

Dois-je te faire l'honneur de te considérer comme l'ultime détenteur des secrets du Gradus (et dès lors te rendre le "vous" dû aux maîtres) ou peut-on comme tu le suggères dans ton message, en revenir à un peu plus de simplicité ?

Que tu considères qu'il y a de la pompe là-dedans ("ô que ma quille éclate ô que j'aille à la mer", au passage, est un emprunt à Rimbaud que beaucoup auront compris : tu vois dans l'art de la pompe je ne suis pas en restes), c'est bien légitime... j'ai toujours eu cette propension à pomper l'air des gens. Mais jusqu'ici je n'avais pas de correcteurs et suis heureux d'avoir trouvé en toi le redresseur de prose que je méritais.

Je peux désormais dormir tranquille, le Londres de l'orthographe que tu es, le redresseur de voyelle et de tréma, l'équarrisseur des œuvres déviantes de la toile est là pour veiller au grain. Merci à toi, cher Rom (toi même tu sais - tmtc ???), merci à toi, Savonarole de la cédille, merci à toi qui m’a ouvert les yeux et démontré que je faisais Molière sous moi, merci à toi pourfendeur des écrivaillons de mon espèce (sans doute liée aux Shadocks, rapport à la pompe), merci, merci, merci.

Et reviens nous voir,



Lucas.



PS : Quelques fautes subsistent encore dans cette réponses, je te serais redevable de me les indiquer, tu sais comment faire et quel ton emprunter.

Écrit par : Lucas Violin | 09/12/2008

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