30/08/2006

Stig Dagerman. Le pardon.

« Parler de l’humanité, c’est parler de soi-même. Dans le procès que l’individu intente perpétuellement à l’humanité, il est lui-même incriminé et la seule chose qui puisse le mettre hors de cause est la mort. Il est significatif qu’il se trouve constamment sur le banc des accusés, même quand il est juge. Personne ne peut prétendre que l’humanité est en train de pourrir sans avoir tout d’abord constaté les symptômes de la putréfaction sur lui-même. Personne ne peut dire que l’être humain est mauvais sans avoir lui-même commis de mauvaises actions. En ce domaine toute observation doit être faite in vivo. Tout être vivant est prisonnier à perpétuité de l’humanité et contribue par sa vie, qu’il le veuille ou non, à accroître ou à amoindrir la part de bonheur et de malheur, de grandeur et d’infamie, d’espoir et de désolation, de l’humanité.

C’est pourquoi je puis oser dire que le destin de l’homme se joue partout et tout le temps et qu’il est impossible d’évaluer ce qu’un être humain peut représenter pour un autre. Je crois que la solidarité, la sympathie et l’amour sont les dernières chemises blanches de l’humanité. Plus haut que toutes les vertus, je place cette forme d’amour que l’on appelle le pardon. Je crois que la soif humaine de pardon est inextinguible, non pas qu’il existe un péché d’essence divine ou diabolique, mais parce que, dès l’origine, nous sommes bien plus désarmés que nous ne pourrions le souhaiter. »

 

Stig Dagerman, Le destin de l’homme se joue partout et tout le temps (publié en 1950 dans la revue Vi), in « La dictature du chagrin et autres écrits politiques », Ed. Agone, Marseille, 2001.

 

 

Les Editions Agone ont pris le parti de défendre Stig Dagerman dont les Editions Acte Sud ont fait un symbole du miracle du chagrin denrée commercialisable en publiant « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier », c’est à dire la lettre de son suicide, isolément, à moindre prix, sous un emballage racoleur et sans prendre la mesure de son œuvre immense. C’est de l’irresponsabilité éditoriale… c’est de la cécité intellectuelle… et c’est un danger qui guette le monde de l’édition de ne plus avoir de politique éditoriale forte et portée par des intellectuels.

Dagerman est un romancier extraordinaire, un existentialiste et un anarchiste. Un homme aux multiples consciences. Bientôt un commentaire sur L’enfant brûlé, l’un de ses plus grands textes.   

10:58 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour,
je pense que l'information vous intéressera… Les éditions Agone continuent leur travail autour de Stig Dagerman et ont publié en mars un recueil de nouvelles "Tuer un enfant" (récits centrés sur l'enfance, proches de L'Enfent brûlé ustement) et une revue critique qui reprend son œuvre littéraire (avec de larges extraits) et surtout journalistiques (pas mal d'articles inédits).

Écrit par : Frehel | 10/04/2007

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