29/08/2006

Tour du Monde de la poésie [4]. Marina Tsvétaïeva

« Boris,

 

Ma rupture d’avec la vie devient de plus en plus irrémédiable. J’ai émigré, j’émigre, emportant avec moi toute ma passion, tout l’indépensé, non comme une ombre exsangue, mais emmenant tellement de sang que j’en aurais su traire et abreuver tout le royaume d’Hadès. Oh j’aurais su le faire parler, moi, le royaume d’Hadès !

[…]

Boris, peu importe où je m’envole. Peut-être est-ce là que réside ma profonde amoralité (non-divinité). »       

 

Lettre du 22.5.26 de Marina Tsvétaïeva à Boris Pasternak, in Correspondance à 3, Tsvétaïeva, Rilke, Pasternak, l’Imaginaire, Gallimard. 

 

 

 

POSTFACE au POEME DE LA MONTAGNE

 

La mémoire a des effondrements,

Les yeux sont recouverts de sept taies…

Je ne te vois pas – séparément.

Un trou blanc à la place des traits.

 

Sans indices. Trou, vaste pâleur

– Que  toi, tout toi ! (L’âme n’est que plaies,

Pure plaie.) C’est l’œuvre des tailleurs

De marquer les détails à la craie.

 

Tout le ciel d’un seul tenant s’étale.

L’océan : des gouttes le remplissent ?

Sans indices. Tout entier – spécial –

Lui ! Complice est l’amour, non police.

 

Pelage d’alezan, de moreau ?

Que le voisinage le dise : il voit bien.

La passion coupe-t-elle en morceaux ?

Et moi, suis-je horloger, chirurgien ?

 

Tu es un cercle entier – pleinement.

Tourbillon – pleinement, bloc entier.

Je ne te vois pas séparément

De l’amour. Signe d’égalité.

 

(Dans les touffes du duvet, la nuit,

– Collines  d’écumes par rafales –

La nouveauté étrange pour l’ouïe,

Au lieu du « je » : le « nous » impérial…)

 

Mais dans les jours étroits, indigents

  « La  vie, telle qu’elle est » – en revanche,

Je ne te vois pas conjointement

Avec aucune.

         Mémoire  se venge

 

 

Extrait de Le Poème de la Montagne, Marina Tsvétaïeva, Janvier 1924 Prague- Décembre 1939 Golitsyno, in M.T., Le Ciel brûle, Poésie / Gallimard. Traduit du russe par Pierre Léon et Ève Malleret.

 

Marina Tsvétaïeva écrivit le Poème de la Montagne pour Konstantin Rodzévitch rencontré en 1923 et dont elle fut passionnément amoureuse… le temps de s’écrire 31 lettres… avant de finir par l’ignorer amicalement dans leur commun exil parisien… mais peu importe où elle s’envolait…

20:38 Écrit par Lucas Violin dans Tour du Monde de la Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

j'ai retrouvé ce que je voulais écrire ici ""Au Créateur : grand temps
de rendre mon billet
A ton monde insensé
Je ne dis que REFUS ""
Marina T.
Refus des conformismes, des plis et des routines.
La louve ne hurle jamais avec les loups ...
"Ma tâche dit-elle c'est d'arracher tous les masques , même si la peau et la chair viennent avec ...".
Le ciel brûle suivie de Tentative de jalousie
Poésie Gallimard-NRF

Écrit par : Discrète | 16/09/2006

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