12/06/2006

Archiver sa mauvaise prose

En replongeant dans mes dossiers, en bon archéologue je me suis mis à genoux devant l’écran, j’ai retrouvé ces échantillons précieux de mauvaise prose et de poisons rares. Ma bibliothèque mentale aussi a son Enfer.

 

OMBILIC.

 

C'est un archipel de nerfs au beau milieu d'un océan poussif, une espèce de lieu sacré, dédié au culte de la paresse et de la dormition. C'est une clairière abandonnée où reposent les colères et patientent les haines. C'est une poche de velours rouge, gonflée d'un air nauséabond et néanmoins nacré : le nacre des nuages au versant des montagnes qui ferment le paysage, là où je vis. C'est le lieu où les désirs s'entredévorent ou se jettent mutuellement en pâture au malheur. C'est le chœur d'une basilique sans autel que surplombe un dôme déformé par les pluies. C'est une source d'eau morte que n'enlèverait un ciel assoiffé. C'est une chambre sans lit où se vautrent les chiens et forniquent les mondes. C'est un rite sans parole et un cri sans musique. C'est la lente agonie d'un silence malheureux. C'est une danse furieuse autour d'un feu éteint qui crépite en écho. C'est une flamme inutile qui éclaire et consume un parfum. C'est le parfum poivré d'une femme déjà morte. Un parfum qui respire, que personne ne ressent. C'est une cage de douleur où s'effilent les rêves, où s'étaient les sanglots. C'est une barque flottant dans de paludiques eaux. C'est une prison charnelle où blanchissent les os. Et c'est là que naît l'homme, qui se nourrit de son sang.

 

MANUS.

 

Offerte à ton sexe, au papier, au verre où stagne la lie, pour boire le plaisir au toucher indécis. Frappe son étampe les corps multiples que rassemble la douce féminité, de sa mâchoire aux subtiles dents soit saisi le parfum palpable des peaux dont elle dévore la surface en lentes caresses. Soit fécond le geste et pure la pudicité retrouvée dans le gouffre des spasmes. Soit nourri l’appétit outrancier de la muette bouche qui pourtant s’émeut et embrasse l’émoi des ladies. Effleure les tiges longues de ces jambes printanières qui glissent sur le vent. Par elle, rugissent les chatteries des libres baisers qui sur les cuirs félins de vos ventres durcis, pressent d’exploser les insaisissables désirs qui vous retiennent la glotte. Tactile injure à l’enveloppe des êtres conquis- balai sur l’étoffe dans un rutilement du derme- fraîche évaporation de l’âme des chairs respirant en conjurant la traînée tendre de cet autre au bout de moi, qui s’affranchit, saisit la gorge, incline les obstacles et retient les plaisirs.     

 

BALANCIER- FEROCITE BUE.

 

Jeux de balancier dans le rechin du soir, dans le crachin du matin, Entre chien et loup, dans le rythme lent qu’assène l’astre jaune en son rayonnement flou. Jeux de balancier et subtile floraison entre hiver et été. La rouge étincelle de pétales transperce la neige et le printemps s’insinue dans la saison maudite. Et l’astre rageur médite. Il forge une vengeance. Jeux de balancier. Conjuration de la solitude. Je ferai la paix dans le ventre des femmes. Je donnerai à ces temples de chair, l’offrande claire de la vie. Brillant éclat, fraîche lumière. Etançon invisible dans le cuir rouge de ces lèvres aux mots cuivrés. Et le crachin du matin et le rechin du soir, je les synthétiserai, j’en écrirai la ressemblance. Et la ressemblance de tout ce qui existe ici bas avec l’Amour.

 

                                                                                  Férocité bue. Fugace tension, envol soudain d’une statue angélique. La terre reste muette, mais se bouleverse la saison. Bouleverse la quiétude, l’amour que nous faisons. Férocité bue. Immersion profonde dans la lueur fugitive. L’Amour s’écrit ici comme un anathème. Le sol se fend et la nue s’éprend des feux-follets que respire la terre. Férocité bue. Eclair blanc fendant le tronc saisi des femmes conquises. Foudre glacée semant la vie et d’éparses couleurs. L’Amour s’écrit ci comme une ode à lui-même. Que soudain il s’égare dans la torsion des chairs. Que s’éclaire sa dense étamine, que clignote l’astre fou quand devant lui il se contorsionne. Férocité bue. Et la nuit reste bourreau des captives solitudes.

 

CORPS EN ALLÉS.

 

Jeux d’ombres dans le creux de mes yeux. Dans la cavité de ce crâne que n’émeut plus la lumière. Jeux d’ombre, méchanceté de la nuit- lorsqu’elle pénètre et assouvi d’un lâcher de sève noire sa pleine jouissance, son amère mélancolie fluide. Larmes mélaniques, parfums froids insinuations sourdes en ma tête esclave du silence. Je persiste dans une souffrance mon corps s’exalte dans une passion de brisure. Mon corps est fossile en son propre espace. L’empreinte q’il laisse enserre encore sa chair. Prisonnier de lui-même il s’engourdit lentement et la douleur s’imprime dans la noirceur de la nuit. Et pâle est son contour. Fraîche l’ombre qui s’enfuit loin de ce fantoche sans parfum. Il s’entame comme la pierre se détache du rocher, désertant l’écrin de l’existence. Il disparaît lentement dans la lancinante écorchure. Il s’ébroue un peu et fuit dans l’air. Il respire seul et s’étourdit dans une nausée puissante. Le pantin se grise dans l’expiration difficile de son air vicié. Rongeant dans l’air absent le suc étranger du temps, léchant jusqu’au caillot du honteux sang du monde, mon corps se dégoûte, dilapide son capital de pierres hémoglobines. Sanctification déconstruite, pierre après pierre, édifice du corps ruiné par l’effronterie de la violence. Souffrance inconjurable. Brisure insoutenable. Eclatement de muscles, défection de nerfs, artères emmêlées, peaux froissées, cerveaux déliquescent, cœurs en friche, poumons asphyxiés, corps à vendre pour une bouchée de mort. Elle viendra bientôt, pour becter.

13:33 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Comment j'ai tué mon blog (ma vie virtuelle) Mon ami Luca s'emmerde...

Mmmh, comment se peut-il qu'un fielleux personnage, qui affectionne des mots aussi divers que "billevesée" et "estaminet" (à des degrés totalement différents) ne se délecte pas d'une nouvelle possible intervention dont lui seul à le secret?

Peut-être qu'après un an d'existence publique sur l'interrrnet, notre héros viendrait à ressentir le poids de cet exhibitionnisme sain ô combien heureux pour nous autre fidèle visiteur à affût de ses moindres nouvelles du bout du monde (la distance étant aussi une notion toute relative)?

Peut-après qu'après avoir ouvertement pointé du doigt l'inactivité blogienne de ceux qui n'en ont plus supporté le dictat, notre ami Luca subirait sa première baisse de régime?

Peut-être que tout simplement, j'en profite pour, moi aussi, lui dire que ça fait une semaine qu'il n'en touche pas une, (le temps est aussi une notion toute relative), juste pour le plaisir de l'agacer pour si peu...

Sur ce, cher ami, je m'en vais vieillir dans un bon bain glacé... ;)
À très bientôt


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"The more interesting your life becomes, the less you post...
and vice versa." -- Jorn Barger (inventor of the term 'weblog)

Écrit par : Monsieur Vernon! | 19/06/2006

regarde les blogs mourir. Je lance un message, je regarde les petites vagues que ça fait sur le long fleuve tranquille de l'internet, je me dis qu'on est sans doute mieux au fond à trier le plancton, je range mon matériel et je vais me coucher content.
Enfin un message de mon ami Vernon sur ce blaugue... ça faisait longtemps...
En fait je suis effectivement très actif dans d'autres domaines : la sieste, la plage et les nuits à suer sur le plus grand texte de toute l'histoire de l'humanité, qui fera oublier Ulysse et la Bible : la Constitution européenne de Valérien Giscard d'Esty... et là on se dit que s'il y en a dans le Tiers Monde qui croient que c'est toujours tout rose pour nous européens... Non ça c'est un propos ignoble je ne peux pas écrire ça c'est dur pour les pauvres gens de là bas.
Donc voilà, Jorn Barger- qui avait oublié d'etre con, sinon il ne serait pas juste après Barbara Streisand la seule femme qui voit un proctologue pour soigner son rhume (pour ceux qui auraient oublié ce nez insondable : http://www.barbrastreisand.com/) dans le Who's Who, a bien raison lorsqu'il rend public cet axiome essentiel à l'hébétude de nos concitoyens lobotomisés par la blogosphère.
Je t'embrasse mon grand,

Écrit par : Lucas Violin | 19/06/2006

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