12/06/2006

 Quand vous aurez les mains pleines d'une encre qui n'est pas la votre

Quand vous aurez-vu le Ciel s’achever en tempête à l’horizon de Grignano.

Quand vous aurez entendu la voix de la Bora résonner au fond des églises.

Quand vous saurez les déraisons ultramarines des fiers triestins,

Quand vous aurez vu pêcher les seppie sur le Môle et leur encre se répandre en de longues traînées noires

Quand vous aurez soupiré aux côtés d’une vieille au fond d’un lavoir et reçu le réconfort de son baiser sonore,

Quand vous aurez songé tout le jour étendu sous le soleil aux ailleurs où il pleut,

Quand vous aurez rompu le silence et la solitude dans un chant partisan,

Quand vous aurez bu tout le vin, salué tous les ivrognes déjà morts

Quand vous aurez confessé les éboueurs au fond d’un bar où l’on s’ingénie à serrer le café comme il se doit,

Quand vous aurez rompu le pain encore chaud seul au fond d’une cuisine, le pain que ne salent que les larmes,

Quand vous aurez souhaité de loin les augures à des presque amis bientôt inconnus de vous, toujours inconnus des autres,

Quand vous aurez repu votre ventre de frayeurs stupides, de cupides désirs, de plaisirs apatrides,

Quand vous aurez souri sans jamais vous lasser aux passants trop pressés pour vous éclairer en retour,

Quand vous aurez pu naître dans les bras d’une femme ou sous son cul, comme un poulain sous un cheval,

Quand vous aurez requis du jour qu’il ne vous embrasse plus,

Quand vous aurez rompu ce qui vous délie, délier ce qui vous usurpe, délaissé ce qui vous nuit, nié ce qui vous délaisse, usurpé ce qui vous destitue,

Quand vous aurez fermé les yeux sans espoirs de les rouvrir,

Quand vous aurez ouvert les yeux et vu trop clair,

Quand vous aurez rendu votre âme à qui de surcroît vous n’octroyez aucun droit,

Quand vous aurez murmuré pour vous seul « le commencement est la moitié de tout ».

Quand vous aurez cessé de courir, vous serez assis et enlevé les jambes,

Quand vous aurez embrassé une méduse, quand elle vous aura ôté ce qui vous brûle dans une plus grande brûlure,

Quand vous aurez entendu « pas plus de cinq minutes »,

Quand vous en aurez besoin de cinq milles,

Quand vous aurez renoncé,

Prenez votre téléphone et appelez le sang.

12:50 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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