08/06/2006

living the music like you

« Sans la musique, la vie serait une erreur. »

Friedrich Nietzsche, Le crépuscule des Idoles.

  

Il faudra bien un jour, tout de même, que je parle de lui.

Il est tard, j’attends des amis. Ils arriveront par le train de nuit. Il est tard, tard, tard, très tard, jamais trop tard. Je promène mon carnet et ma petite silhouette malade, la nuit je suis toujours malade, toujours fiévreux de quelque chose. L’hiver c’est une bénédiction, l’été il vaut mieux ne jamais y songer. Il y a de la lumière au coin du Conservatoire, et il y a sous la lumière un bar ouvert, où l’on sert encore ce que je cherche, un bourbon, mon cœur bourdonne au bon bourdon c’est son don. Je fais des rimes stupides en cheminant par-là. Le barman a la trentaine, le crâne rasé d’un joueur de football classe, une chemise fraîchement repassée et la barbe d’un père qui entoure des yeux où s’est figé l’océan. Les chaises sont déjà retournées sur les tables, mais il ne me chasse pas, il dit Tranquillo. Et justement je me sens enfin tranquille. Je noircis des pages et lui range son estaminet, j’adore ce mot « estaminet ». Il y a du jazz, beaucoup de jazz, dans sa tête et dans la mienne. On frémit des mêmes miracles musicaux, on ne le sait pas encore. My Love Supreme, My funny Valentine, Some of my best friends are blues, c’est ce dont nous nous emplissons. Et puis voilà, on se reverra, je range mon cahier, le clavier se repose, la trompette râle un peu, Ciao.

Je suis revenu souvent écouter les concerts de jazz qu’il organisait là, parquant et servant, toujours Tranquillo des centaines de clients. Je ne l’ai pas vu s’énerver une seule fois. C’est un quiet barman, une figure moderne du sage grec. Chez lui on accouche de milliers de souvenirs sans pleurer, et chez soi, au retour, on peut se relire et se dire que la nuit a été profitable. Et puis la saison terminée, c’est sur la plage qu’il a installé son commerce. A Grignano. Et tout recommence dans la chaleur de l’été. Et ma fièvre n’est pas différente, et la lumière me surprend toujours, quand j’y pense au matin. Avec lui je parle de Trieste et il comprend ce qui me rend fou. Il sait ce que le vent me murmure, il sait à quoi je songe et où je me perds. Il me dit qu’il est rare pour un étranger de ressentir ces choses. Et alors je ne me sens plus étranger. Cette ville, la première fois que je l’ai vue vraiment, c’est quand je l’ai vu l’habiter. Ce type est mon ami. Il s’appelle Fabrizio.

15:53 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Estaminet beaucoup de musique entre les mots, entre les lignes ; je viens souvent ici sans laisser de commentaires, mais je n'ai pas pu résister aujourd'hui car moi aussi j'adore le mot "estaminet" (qui est un mot emprunté au Wallon Staminé, èstaminé, peut-être un dérivé du wallon stamon, poteau auquel on attache la vache près de sa mangeoire - désolée, là c'est moins poétique ....

Écrit par : transparente | 08/06/2006

Merci Merci de tes visites, tansparente. Et surtout, merci pour ce mot sur Germaine et Bousquet. Pa d'adresse, pas de blog ?

Écrit par : Lucas Violin | 08/06/2006

non pas de blog, je "visite" pour le moment ... j'ai une idée ; si tu aimes la peinture, j'ai découvert sur un blog "la femme au cochon" de Félicien Rops ... audacieux non .... c'est sur le blog de celui qui a laissé un poème sur Balthus, dans Biz'art vous avez dit Biz'art et c'est d'ailleurs là que j'ai fait le lien avec toi ; (Jean paul et ses poèmes) quelque chose comme ça. A quand "l'Origine du monde" ... que certains appellent "La porte ouverte" ... aujourd'hui, je suis d'humeur très badine ...

Écrit par : transparente | 08/06/2006

Rendez-vous sous le cochon Rendez-vous, alors, sur le blog de Jean Paul et son Pornokrates.

Écrit par : Lucas Violin | 09/06/2006

Je vous applaudis pour votre éditorial. c'est un vrai boulot d'écriture. Développez .

Écrit par : boitakados | 01/08/2014

Je vous applaudis pour votre exercice. c'est un vrai charge d'écriture. Continuez


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Écrit par : serrurier paris 3 | 06/08/2014

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