30/05/2006

La petite méduse

« Cet éternel mourir qu’on appelle, faute de mieux, le présent. »

Aragon.

 

Elles ont toutes plus de dix-huit ans. Je le sais. Je ne regarde pas en deçà. Bon sang, lolitas, feux de mes reins, lumière de rien, artifices marins. La mine de crayon, en négatif, c’est un éclair blanc sur l’écran du souvenir. Les stations de bain, elles s’y précipitent dans leur maillot rose toujours trop petit, qui couvre à peine leurs fesses. Est-ce que je suis un voyeur ? Sans doute ai-je vu. Qui regardait ailleurs ? Elles sont si belles. Leur peau dégage encore un parfum de sel que les crèmes de soleil viennent à peine couvrir. Elles sont là, qui se précipitent au bar après le bain pour y acheter un glaçon au sirop. Les rivières de cassis de Rimbaud devaient être peuplées de telles sirènes Coca Cola. Voilà la vision de Rimbaud, le 21ème siècle sera sucré ou ne sera pas.

Ca se passe à Grignano, le soleil est en rage. La mer se déverse sur les marches qui mènent aux lieux savamment délimités de la baignade. Il y a çà et là le passage d’une méduse curieuse qui s’effraie vite du remue-ménage. Et voilà, sur deux jambes un peu potelées encore et très blanches, une jeune fille qui promène gracieusement sa chevelure rousse de long en large, se pend à toutes les balustrades. Elle me sourit et se réfugie derrière un garde fou. Je bois mon café, je reste à l’ombre, je me préserve. Mes avant-bras sont déjà brûlés, je les enferme dans ma chemise, si je le pouvais, je les coudrais ensemble, me ferais une camisole. Je me souviens :

L’avenir mourant est à nos portes,

Comme le soleil se dresse à l’horizon,

Dans sa chevelure, ses rais s’emportent,

Dressés comme les barreaux d’une prison.   

Je me souviens avoir écrit ça à un âge où les maillots de bain des filles ne me semblaient pas si petits et leur beauté moins évidente. L’âge rend indulgent, et puis surtout on finit par regretter de n’avoir pas vu tant de beauté plus tôt. Elle chemine, elle ne regarde que dans ma direction, seul son visage ne suit pas ses détours, ses yeux restent rivés aux miens. Peut-être me trouve-t-elle curieux. Peut-être le vent dessine-t-il sur mon visage une particulière hébétude. Peut-être est-ce surtout moi qui la dévisage. Elle descend les marches, déjà ses pieds frôlent les vagues. Je retire ma chemise et vais à sa suite. Elle a déjà de l’eau jusqu’au genoux, ses jambes fuient dans la transparence de l’eau. Son maillot à son tour se dissout, elle plonge. Elle s’étend sur l’onde et son corps se contient, elle se rétracte et s’étend, elle se confond au ressac, sa peau se couvre de reflets bleus, la méduse prend le large, sa chevelure rousse n’existe plus que dans un ultime scintillement au creux de ses chairs absurdement incolores.

Le soleil se couche, la navette est amarrée au port, sur le point de partir. J’enfile mon pantalon et ma chemise par-dessus mon slip de bain encore trempé. Je paye mon café et saisi mon sac. Le bateau m’emporte vers Trieste.

 

11:30 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Félicitations Salut,

Je passais par là et j’en ai profité pour visiter ton blog, que j’ai trouvé très sympa, avec un contenu très inspirés et haletants.

Voici un extrait des textes de chanson que j’écris.

Si tu désires en lire d’avantage, rendez-vous sur mon blog http://seventhson.romandie.com


ETERNELLE SOLITUDE

Je ne suis qu'un auto-stoppeur égaré,
Prisonnier au carrefour de mes rêves dépecés,
Dont les chaussures trouées hésitent à avancer
Et à qui, le cœur fatigué, semble peser.
Le souffle cassé, gelé par les années écoulées,
De mes pensées transpire la liberté.
Tandis que dans mes yeux brille la clarté
D'un océan de tristesse insensé.
Marqué au fer rouge comme pour ne pas s'évader,
Mon âme n'a de cesse que d'errer,
Entre amour tamisé et passion déchaînée,
Déployant les ailes de la fatalité.
Les cheveux éventés, j'attends l'accalmie annoncée.
Les bras tendus comme pour vous attraper,
Vous qui, chaque jour, si près, me frôlez
Sans jamais prendre la peine de vous arrêter.
Les traces de pas, derrière moi, dessinées,
Dans la tempête se sont effacées
Et je reste las, une fois de plus, abandonné,
Perdu au milieu de mes idées.
Le vent et la pluie attaquent ma peau délavée.
Le froid domine désormais mes pensées.
J'ai envie de tout plaquer
Faire demi-tour et m'en aller.
Une lueur de phare et retour à la réalité.
Trop tard, plus d'espoir pour s'en retourner
Il va bien falloir un jour l'affronter
Pour recommencer, cette triste réalité.


Si tu préfère découvrir les mystères qui entourent notre univers ou en savoir plus sur le surnaturel, le paranormal ou les créatures mythiques, retrouves-moi sur mon autre blog http://parano.romandie.com

Et finalement, si tu cherches un bon moment de détente et de rire ou simplement de bien-être, viens sur http://zenattitude.romandie.com. Tu y trouveras entre autre « Le guide du bon Vaudois », «Les articles Homme / Femme », « La santé par les plantes » et surtout… « Les astuces de Grand-Mère »

Je repasserai dans quelques semaines pour suivre l’évolution de ton blog et en attendant, je te mail mes meilleures salutations.

7th_sign

Écrit par : 7th_sign | 30/05/2006

le soleil brulant, des glaces-à-l'eau et une petite mélodie... sapore di sale
sapore di mare
che ai sulla pelle
che ai sulle spalle
quando esci dall'aqua
e ti metti a sdraiare
vicino a me ,vicino a meeeee....

une chanson mytique de Modugno, qui irai bien comme musique de fond à Dieu et aux méduses...


Écrit par : D | 31/05/2006

le huitième jour après le 7ème signe que dire en effet...

Veinard qui trempes ton cul dans les eaux tempérées de l'adriatique antique. Et nous dans l'hiver de Seraing, pollution en prime!
Dis-moi, quelle est cette plage qui dissout les maillots des jeunes sirènes (c'est vrai, les lolitas laisse-les pour Nabokov et la Marquis de Sade). J'irais bien jetter un coup d'oeil... lol

Écrit par : joElle | 01/06/2006

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