15/05/2006

Comment j'ai noyé Lucas Violin.

Réflexion faite- et la réflection se fait toujours en d'égales tergiversations sur le miroir du réel- je ne m'appelle pas vraiment Lucas Violin, et je ne suis pas vraiment celui que vous imaginez. Je suis allé aujourd'hui déclarer le vol de mes papiers d'identité et j'ai eu toutes les peines du monde à dire quel était mon nom. Je ne suis certain que d'une seule chose, c'est que je ne suis pas Lucas Violin.

On m'a tout volé, argent, permis de conduire, carte d'identité, cartes de banque, les photos d'etres chers, la lettre d'une femme que j'aime, ma clé USB et donc l'ensemble de mes textes en préparation pour ce blog, un anneau en or trouvé par terre et que j'avais l'intention de faire fondre, beaucoup de monnaie suisse, des notes sur des billets de bus et de train, les cartes de visites de gens que je n'avais jamais eu l'intention de rappeler. Je ne suis pas meme dans une ville que je connaisse sufisament pour oser frapper à n'importe quelle porte et demander de l'aide, une tasse de café, une accollade, une après-midi devant la télévision à siroter le chocolat chaud d'un autre. Je voudrais tomber dans les bras d'un ami, aller au cinéma avec lui, me distraire. Je voudrais avoir dans mes poches suffisament d'argent et de bonbons pour aller la rejoindre - à tout le moins, un peu d'argent pour la rejoindre. J'ai assez mangé, laissez moi prendre le train, laissez-moi prendre l'avion, laissez-moi écraser des kilomètres de béton. Mais voilà, je suis étranger à tous et tout parce que me manque un peu de papier et de plastique.

Bien sur, rien de tout ça n'est grave, et l'importance relative de ces choses m'apparrait d'heure en heure. Bien sur je finirai bien par savoir qui je suis, puisque je ne suis pas Lucas Violin. Et puisque je sais à présent qu'il faut noyer Lucas Violin, cet imposteur, et que sans doute, depuis vendredi, c'est chose faite, je vais pouvoir tenter de mettre quelques mots sur ce que je suis vraiment, sur ce qui restera de la dissolution de cet etre dans les marées salines de Trieste.

12:52 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Portefeuille??? ou pas!!! Si oui. Je me demande comment tout ça peut encore rentrer dans un portefeuille.
Mais bon maintenant on t'écoute, profitant de ton petit malheur pour savoir qui tu es!? ;-))

Écrit par : Strano | 15/05/2006

Trait d'esprit... sans appel Voilà une considération qui me laisse pantois... ais-je vraiment pu insérer toutes ces choses dans mon portefeuille ? As-tu vraiment, en si peu de mots, pu résumer la gravité de la question qui nous submerge tous : l'identité se mesure-t-elle en centimètres de paperasse ?
Je te prete cette intention, elle sauve ce trait d'esprit sans appel que tu nous donnes à lire.
Quand à mon petit malheur, que recouvre-t-il ? Ce n'est pas le lieu d'en faire état... il y aurait une propension malsaine à donner ici, en pature à une bande de zozos tous plus ou moins rigolards, autre chose que des réalités tronquées, les réalités d'un autre. Je te souhaite, à toi aussi, d'avoir un Lucas Violin à noyer.
Qui je suis, j'espère n'avoir jamais à le dire qu'à ceux que j'aime.

Écrit par : Lucas Violin | 16/05/2006

TRAIT D'ESPRIT SANS APPEL .. c'est une parfaite réponse

Écrit par : discrète | 11/09/2006

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