09/05/2006

Lettre à ceux qui sont beaux dans la haine.

(Attention, ce texte n'est pas désespéré, relisez-le- au besoin- pour vous en convaincre [°] )

 

 

« Quel terme t’ont marqué les dieux, quel est le mien,

n’importe. Laisse en paix les nombres de Chaldée.

Il vaut tellement mieux de subir un quelconque

demain ! Que les dieux t’aient donné d’autres hivers,

que ce soit le dernier qui fatigue la mer

aux écueils, la sagesse est de filtrer ton vin

et de tailler à des jours brefs l’espoir lointain.

A chaque mot a fui l’heure jalouse. Cueille-

la : l’espérance la moins crédule est la meilleure. »

 

Horace (Rome 65-8 av J-C), Les Odes, cité dans Trésors de la poésie universelle, Gallimard/Unesco, recueil dirigé par Roger Caillois et Jean-Clarence Lambert. 

 

 

Je la regarde et je me demande comme toi si sous son faux air de thune, la lune a un côté pointu… Je la regarde en pensant à elle et à l’infinie découpe des montagnes et je me dis que le silence s’est souvent, sans doute, heurté aux recoins de l’ombre. Je repense souvent à cette nuit où je me suis rêvé mourant, tombant la tête la première dans mon assiette, aux derniers mots de ceux qui m’aiment. Qui m’aimaient. Plus personne ne m’aime depuis que je suis mort une nuit. Je vous quitterai heureux un jour si tel est votre rôle. Plus personne ne m’aimera jamais assez pour que je puisse leur pardonner d’avoir prononcé -sous mon inspiration !- ces mots ignobles. Je vous aimerai en retour. Vous êtes tels que le rêve vous a révélés. Vous êtes beaux dans la haine. Je me souviens encore une autre nuit où je suis vraiment tombé. Une nuit où j’ai, à force de me déchirer de me tordre, fait pleurer ce frère que j’aime. Que jamais je n’aimerai plus. A force de me tordre à force de me consumer. Je ne t’aimerai pas tant que je ne hurlerai pas pour toi du tréfonds de moi jusqu’au tréfonds de toi. Je veux moi aussi être beau dans la haine. Je partirai tôt, il ne faudra pas pleurer. Je partirai au fond d’une torve inspiration. C’est un feu étrange qui me brûle, je meurs de me mentir. Je meurs d’amour vrai pour vous. Je veux être beau dans la haine. Je vous veux définitivement conquis à ce rêve que j’ai cru m’assassiner. Ce rêve qui, pour de vrai, m’a sauvé de votre amour.  Je ne veux pas vous manquer, mais je partirai tôt, je le sais, je partirai de bonne heure, laissant froid le café.

[°]

15:02 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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