08/05/2006

Le salvateur et inconfortable point d’interrogation, d’où vient-il ? – Essai d’anti-critique littéraire – Philippe Di Folco, Salva™.

 

Dans l’occurrence  « pourquoi ne peut-on lire nulle part dans la presse autorisée- entendez par-là autorisée de lectorat, l’autorisation étant un renfort ou un réconfort publicitairement accompagné- de critiques ou de compte-rendus ou même un piètre entrefilet au sujet du livre de Philippe Di Folco Salva™ ? » outre les considérations paralipoméniques dont je me crois autorisé à faire état, il subsiste une terrible question, celle de la nature même de ce signe abjecte et quotidien le [?].

 

Essayons-nous à une mystification historique de la question.

 

Le point d’interrogation, à l’ère de la prédominance de la culture hellénique, ne se distinguait point du point final puisque celui-ci était lui-même absent. Je veux dire en cela que le point lui-même brillait par son absence et que son absence n’avait de point de mire que le point de fuite que ne soutenait qu’une lâche suspension. Le point, s’exclament les hellènes n’a point de raison d’être et par cette exclamation mettaient un point final à la question.

 

Plus tard le point présenta quelque utilité bien que la scolastique aristotélicienne interdise encore aujourd’hui à Panofsky de voir dans le point de fuite le signe de l’éternel. Est-ce à dire que le terme du tableau est un point d’interrogation ? Nous approchons. Mais le point est ici plus sensible.

 

Les trois points céliniens apportent une ébauche de réponse - bien que la ligne benjaminienne en son insécable portion : au sens monadien du terme (entendez ici Leibniz si vous vous aussi vous entendez des voix) soit plus proche encore de la mesure que nous devons opérer- parce que le signe [?] n’a pas de véritable raison d’être, si ce n’est pour les peuples primitifs tels les italiens qui n’épousent pas dans la structure même de la phrase une architecture interrogative. Or en français, et chez LFD singulièrement, on observe la disparition progressive de cette marque d’origine toujours inconnue. Cette inconnue ne nous préoccupe pourtant déjà plus puisque l’interrogation est elle-même en passe de disparition. Nous suggérons à l’avenir l’usage du point de disparition [°] qui précède le texte ultérieur et l’annihile. Résumé : Salva™ = [°]

 

A l’avenir donc, économisons-nous, chers critiques… et usons du délicat [°]

 

Ou alors… Ecrivons tantôt dans Les Inrockuptibles : « Véritable stakhanoviste libertin de la prose anti-prosaïque, le ténor Di Folco entremet sans ambages la manifestation hyperlucide de la réalité synthétique et les inconforts d’un quotidien soumis à l’hyperconsumérisation du monde et nous livre en réponse un Roman fort, abrupte, déconcertant. » Suivi d’un portrait de quatre pages avec photographie trouducophile sur fond de Seine et des décombres de la banlieue de Babouot. Suivi d’un petit encart sur Perec et John Maynard Keynes ce qui permet un petit rappel en Couv’ : Philippe Di Folco, Perec et KeynesSalva™. … Les Inrocks étant un peu trop « stakhanoisifs », on se permettra de jeter un œil dans Le Monde des Livres, qui est surtout le Monde des Copains des Livres (L’usage du titre Les amis des Livres supposant une injure à Adrienne Monnier dont je me refuse à me rendre coupable) qui étalerait sur trois colonnes en troisième page : «  Epopée moderne d’un homme repus de son inanité clinique, de son excitation mémorielle et de son excentricité meurtrière, Salva™ est surtout le Roman de Luca ( première partie dont le critique n’aura lu que vingt pages en plus du long-il faut le souligner- quatrième de couverture) Philippe Di Folco, directeur du dico de la Pornographie ( voir page 4 Le Monde des Livres 373) nous entraîne avec brio dans les limbes d’un souvenir défunt, celui d’un ami oublié, repus de silence. On savoure sa prose austère gorgée d’envolées lyriques. Avec le ciel pour témoin aurait pu être le titre de cette critique…etc. » Et nous nous arrêterons là pour lire Le Point où un entrefilet nous annonce la parution de ce livre - un peu tard il est vrai - en reprenant en l’altérant un peu le quatrième de couverture : « Dans quel monde vit Luca, persuadé d’avoir tué père et mère ? Est-ce le même personnage qui séjourne dans la clinique du Dr Ethel Sehnsucht ? Est-ce encore lui qui fut, au cours de dérives nocturnes parisiennes, le compagnon du mystérieux LGT, alias Le Grand Thérapique ? Luca est-il un dangereux criminel ou un cobaye, un agent secret ou un fou ? Déroulant les vies parallèles d’un personnage séducteur et mythomane, capable d’épouser plusieurs voix et plusieurs obsessions, Philippe Di Folco nous offre un roman qui est aussi l’histoire de salva, produit de consommation courante mais aussi psychotrope à haut risque gardé dans le secret des laboratoires. Salva™ est ainsi l’odyssée d’un XXème siècle où s’enchevêtrent histoire des neurosciences, espionnage et aventures amoureuses, canulars, complots et journal intime de John Maynard Keynes… et aussi la véritable recette du Coca Cola. »

 

Ou encore :

 

Philippe Di Folco, Dit Flicé, Dit Falsifié, Dit Fait-le-con, Dit l’Empoisonneur, Dit Défalqué, Dit Treize à table,… a écrit Salva™ et grâce lui soit rendue. Il n’est pas de livre plus insubmersible plus insubmissible à la critique parce que nous sommes en pleine gageure… Pourquoi ? Parce que Salva™ est le roman de la mémoire de tous ceux qui peuvent se persuader que la littérature a aussi été celle-là. Celle du bonheur de littérature, celle de la véritable passion, qui s’écrit dans les notes sub-paginales, dans les articles scientifiques, dans les envolées lyriques, les coups de gueule contre ce qui nous fait bisquer et nous aliène passionnément : les fantômes improbables qui nous parlent, les sondeurs infatigables, les assuétudes sans désir, le consumérisme soumis, l’amour lâche et unique, le sexe volé, l’enfermement des heures, les fantasmes immatérialisables, les vies subsidiaires, les relents de bite de nos amants indésirés, les émanations de con d’amantes en turpitudes, les pérégrinations d’un auteur qui cherche une mort qui sente la vie à plein nez. C’est le roman, ce sont les romans-car ils sont quatre- des déconvenues, de la gerbe, du malaise même dans la sexualité, du délire frémissant qui nous étreint lorsque s’activent nos méninges. Salva™ est le roman des liseurs désespérés, des lecteurs de fictions américaines qui se sont persuadés que le roman français n’a pas d’âme et de tripes. L’histoire est celle de Luca Calabresi, un homme que ne recherche plus que l’auteur, dans un désespoir tel qu’il va jusqu’à lui inventer un destin. A moins que ce ne soit le destin de Luca qui lui invente une littérature, à moins que… à moins que ce ne soient les autres protagonistes, LGT (Le Grand Thérapique), Ethel, Moussa, Nadia… qui lui suggèrent une autre fin à laquelle se mêlent ses fantasmes. On nous a tout donné, et la vérité nous manque encore [°]

 

Philippe Di Folco, Salva™, Denoël, 2006.

10:06 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

branlette intellectuelle… Paralipoméniques
Bisquer
Assuétude

Bon l’ami Philippe Di Folco m’énerve à user et abuser de termes qui me semblent tomber d’une autre planète… de la pure branlette intellectuelle…

« trouducophile » : celui-là, par contre, je l’aime bien !!!!

Écrit par : I forgot my name | 20/05/2006

Allons, allons L'ami Philippe Di Folco n'est responsable en rien des inepties que me souffle l'air du temps... c'est à moi qu'il faut s'en prendre...
Et puis je t'embrasse en plus. Merci pour le questionaire, tes réponses me convainquent plus encore que j'aurais du t'épouser de force (surtout pour Henri James)

Écrit par : Lucas Violin | 22/05/2006

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