28/02/2006

Si la vie avait la modestie de se retirer de temps en temps comme la mer…

 

 

 

Vous savez, Monsieur, c’est une histoire qu’on raconte sans y penser, sans avoir le courage de retenir son flot, le flot imperturbable de cette histoire, qui s’écoule entre vos lèvres, alors qu’il est trop tard déjà pour contenir les mots, parce que vous êtes là et que déjà vous avez trop bu, que vous ignorez comment vous êtes aussi proche de cette jolie jeune femme et que vous lui parlez déjà comme si elle pouvait tout boire de votre solitude, elle qui sait aussi bien que vous déjà ce que vous êtes, ce qui vous fait rêver, vous lui avez déjà tout fait entendre de l’œuvre de votre vie par extraits, et vous savez qu’elle se gavera de tous vos excès et vous vous échappez dans ses bras, vous êtes son corps à elle, déjà, vous avez ses  seins, ses hanches, vous pensez déjà dans son ventre, comme elle vous avez des instants de malaise après l’amour, vous vous effondrez nue- oui nue vous êtes elle, Monsieur, vous êtes cette femme, comme elle vous vous déplacez sans toucher terre, sans faire crier le parquet- dans le salon sortant de la salle de bain vous tombez de tout son long à elle, et c’est vous même qui venez vous relever, descendant quatre à quatre du lit surplombant tout, et cela vous plait d’être elle déjà dans ces moments de calme où on se voit mourir, vous avez déjà cette impression de  vertige aussi des premiers moments de la grossesse, de cette grossesse au bout de laquelle viendra votre enfant, et déjà vous la voyez vieille et lui pardonnez, à elle, qui sans s’en douter encore se tient là sur son tabouret de bar, à vous regarder jeune et belle encore et elle ne sait rien de ce qui l’attend si vous ne lâchez pas son bras, et elle est déjà vous, elle en est sure, et déjà elle se trompe lourdement, elle vous regarde amoureusement et boit dans votre verre et vous offre le sien, demain sera une longue nuit sans fenêtre, demain le lit, son lit, vous connaissez déjà ses draps par cœur, et le repli de ses jambes, et ses pieds assis sur le versant de vos genoux, tandis qu’elle vous supplie de jouir enfin, cette jolie brune vous allez compter ses boucles des semaines durant, vous avez mesuré sa beauté, non, il faudrait inventer pour elle une géographie du corps, vous voyez ce que je veux dire, oui je sais il est tard, mais vous savez cette jeune femme, oui, celle qui est assise là, elle ne veut que moi, oui, je voudrais encore un verre, et je pense qu’elle prendra la même chose, vous le savez, elle me l’a dit, elle m’a demandé si j’acceptais de la suivre chez elle, quoi ? elle est partie, vous êtes sûr ?    

14:59 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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