26/01/2006

Mirage au coin de la Nuit.

Elle danse sur mes lèvres. Elles froisse mes joues. Et le nuit s’achève, quand nos voix s’enrouent. Je danse sur tes cils quand tes yeux roulent, quand tu t’endors fébrile. C’est dans les bras d’une foule que je me suis creusé un âtre, un réconfort, un amour amusé, peu curieux, sans effort, un amour à mener, lorsque la nuit passe d’un coup. Et les étoiles une à une, tombent sur la route. C’est la grande marée du Ciel, le taxi n’en peut plus de se faufiler entre ces amas d’astres tombés, lassés, qui s’éteignent encore chauds sur le bitume. La nuit brûle partout autour. Nous rentrons à la maison. Je t’embrasse encore, je te parle, et je sais que loin, très loin, tu m’entends encore. Sur la banquette tu es assise entourée de sommeil. Et le chauffeur de taxi me dit : « vous avez vu cette comète, là, au milieu du carrefour ? Jamais vu ça en quinze ans de métier ». Et je me dis que ça doit vraiment être pénible de conduire un taxi un soir comme celui-là. Heureusement tous les feux sont verts, et le sommeil est de plus en plus lourd sur toi, et mon épaule ne peut même plus supporter tout ce poids. Ta tête pèse plus lourd que l’éternité tout entière. A quoi penses tu la nuit ? Que pèsent donc tes rêves ? Et le taximan me dit : « accrochez-vous ». Et la Grande ourse vient de se décrocher, d’un seul bloc, et elle tombe, elle tombe, et tout le reste est immobile, et elle s’écrase sur le capot, et tu ne te réveilles pas… et je vais devoir te porter… et tu ne t’éveilles pas… dis chérie, le Ciel est tombé, tu sais ? Et t’es si belle que la grande ourse en tombant n’a pas fait plus de bruit que tes cils lorsqu’ils se lèvent à l’aube et caressent mon oreille. Et je te hisse par-dessus mon épaule, et je t’extirpe du taxi, et le sommeil a cousu ta chair à la banquette de velours, et j’arrache ces fils un à un, avec les dents, et je t’emporte, et tu dors si profondément que le sommeil, ton sommeil, en profite pour me dire en tête-à-tête, par ta bouche, quelques insanités, m’invite à abandonner, mais je le renvoie à ses moutons, et je cours, et tes cheveux se mêlent aux miens, et tu respires comme je frémis, et je contourne la petite ourse échouée au coin de la rue des Mineurs, et je ressens la chaleur de ton front qui embrasse le mien, et un rayon mourant de la constellation du bouvier, qui était tellement moche qu’on a bien fait de la décrocher, me brûle les yeux, mais je cours, je cours encore, je te porte, je te fais l’amour, et nos cheveux liés jouissent en premier, et viennent ensuite tous nos organes, nos deux corps, et je viens en toi et je jouis, avant de m’éteindre, comme Casiopée, sur le bitume, et tu dors encore, souveraine alors que je m’éteins, qu’en toi je diffuse mes rayons nocturnes et puis la lumière cesse, je ne transporte plus aucun reflet, et je m’endors, et je meurs, je m’achève lentement, brûlant doucement comme brûle l’heure, comme brûle la nuit, par endroit, par de minuscules ouvertures qui cette nuit-là sont tombées sur la Terre pour une ultime fois, un dernier brasier pour éclairer ce sublime endroit – partout et nulle part – où nous nous aimons.                 

15:38 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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