25/01/2006

Mon père, le Merlot et moi.

 

 

Je ne suis pas submissible au jugement. C’est comme ça. Qu’y pouvez-vous ? Rien. Qu’y puis-je ? Tout. Mais je n’ai aucune envie d’en changer. Aujourd’hui j’ai une irrépressible envie de gâcher ma vie, ou plutôt de me conforter dans l’idée que quoi que je fasse, elle est d’ores et déjà gâchée, parce qu’on ne peut pas être Octave Mirbeau, Malaparte ou Céline une seconde fois: c’est donc raté pour l’élégance de cette imposture;  et que ce que je suis - un sensible à l’instar de Bousquet, et un pervers dandy, à l’image de Jouhandeau (Dieu que je ne me prends pas pour de la merde) - n’intéresse qu’une portion congrue et éminemment négligeable de la société, en termes économiques s’entend- les seuls termes acceptables à notre époque…

Je sors d’un souper merveilleux avec mon père. Tout est merveilleux en sa compagnie, c’est la raison pour laquelle j’aime tant boire le vin dans son verre. Ce soir un Merlot toscan, hier et ailleurs un Cannoneau… le souvenir c’est une lie, souvent. Je lui ai rappelé cette phrase : « l’avenir c’est une minute » et puis aussi que « le temps fume en cachette ». On s’est entretenus beaucoup et dit également que nous nous aimions avec les yeux, ça se fait quand on a la pudeur de l’instant. C’est à cela que la technologie nouvelle du sms a répondu : c’est à mettre du différé (léger) dans l’instant. Le sms, à notre époque, ça aide à dire « je t’aime ». Il y a comme un recul : ça intellectualise  les choses, les médiatise, leur donne un sens profond. C’est comme si, tout d’un coup, Jean-Charles Beaubois n’annonçait pas un anticyclone sur le bastion Sambre et Meuse, mais une soudaine déclaration d’amour filiale -et ça fait du bien aux couilles du téléspectateur- de vous à votre papa… il y a un différé, une réserve… ça aide toujours la vérité d’être décontextualisée, d’être dite ou écrite sur ou par un interface neutre, qu’il s’agisse d’un bon gros mou parfait beau-fils dont on ne voudrait pas à la plus banale agape dominicale de fondue bourguignonne,  ou sur un objet au design arrondi aux fins- vaines- d’inspirer la sympathie, mais néanmoins froid comme une capote extra fine sur un pénis fou de colère face à une ibérique à poil (comparaison que les initiés comprendront)…

Mon père s’en fout et je le sens angoissé quand-même… que vais-je devenir ?

La question est hors de propos : souvenons-nous « l’avenir c’est une minute »… et j’en ai dix de retard. Et si la réussite des uns était dans le gâchis des autres ? Et si ce n’était pas une question ?

01:29 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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