08/01/2006

3 pages à demi-hasard, en 2005.

Voici trois pages de mes carnets, qui ont été rédigées en 2005. Ni le contenu ni la ponctuation n’ont été retouchés.

 

« Comme je suis îvre déjà de cette année qui débute à peine. Je me sens engourdi, comme un petit sein, dans la nuit, que n’ébroue que le froid. Je me durcis déjà- je m’égare en d’infinies hilarités, mille plaisirs que seule la douleur de l’hiver octroie jusqu’à la gerçure. Je plains la femme. » 

5 décembre 2005. Vœux 2005, première page de l’année.

 

« Ce que j’aime à penser, c’est que l’obscur nous a réunis et nous a trahis, obsolescence, condescendance, et deux regard effarouchés, en dérive après le signe de ressemblance, et l’aveu à nous-même que nulle obédience l’un à l’autre ne nous meurtrirait jamais. Nous nous serions sentis trop libres dans nos vérités, dans nos abîmes de jouissance et nos inextinguibles frustrations d’homme et de femme. Je pense pouvoir dire, sans me tromper, qu’il y avait quelque chose d’absolu entre elle et moi, et qui fait encore écho aujourd’hui mais qu’il est trop douloureux de laisser encore résonner. Pourquoi se mentir ? Mais aussi, pourquoi pleurer ? Nous aurions été deux abstraits, féconds et blessés, malvenus l’un pour l’autre, et pourtant attendus, et pourtant désirés. Que retenir alors, sinon que l’Amour, nous en sommes les proscrits, les damnés, mieux : les possédés… et donc les révolutionnaires, les protagonistes d’une révolte impossible, d’un coup d’éclat avorté. Il n’y a pas d’amour sans impossible. »

Novembre 2005, choisie au hasard.  

 

« L’arrivée à Trieste, depuis l’aéroport, à travers une nuit épaisse, venue de la mer et poussée par un vent très puissant : la bora. La nuit s’amoncelait sur ces rivages comme si le noir venait gonfler encore le noir, comme s’il n’y avait plus de dimension que ce bloc d’obscurité où tout se figeait. Le véhicule, pourtant, s’avançait, s’élançait, frappé par le vent en bourrasques que chaque avancée poussait au hurlement, à la torsion dans un cri insoutenable, sans direction- un cri désorienté, perdu à jamais, un écho multiple, la disparition de l’unique dans cette nuit où plus rien n’a de nom qu’ombre, fureur- mélancolie. Aux détours de la route parsemée de pins, un écriteau « Sentiero Rilke »… un instant le retour à un monde familier qui s’éteint aussitôt « Et qui si je criais… », parce que dans cette nuit, il n’y a ni Rilke, ni sentier, ni route, ni panneau, seulement quelques envies, quelques rêves, quelques souvenirs et une stupeur immense face à la tristesse que l’on portait depuis si longtemps et qui ne nous apparaît qu’alors… parce qu’on est seul et ailleurs. Alors plonger dans la nuit, corps et âme, s’y contrefaire jusqu’à la nausée, se regarder en miroir et user de son reflet comme un ventriloque et se faire pleurer souriant dans le miroir, s’éteindre dans la lumière, disparaître peu à peu du réel et se figer sur l’onde de l’étain. Mon corps se refroidi, inlassablement, ce qui est mort en moi submerge le vivant, l’immobilise sous sa lame invincible, sous la vague de lave qui l’écrase. La vie s’est rompue en moi, mon esprit s’est fatigué de mon corps et du monde alentour, et mon corps lui-même est fatigué. Je voudrais le soulager. »   

14 décembre 2005, dernière page de l’année.


12:53 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

commentaire... Bonsoir Maître... je déhembule aux travers des mots, de surprises en surprises. Etonnant... A très bientôt pour en discuter. Et bonne continuations.
a+

Écrit par : Laurent DION | 17/01/2006

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