07/01/2006

Adam, Pialat et moi

Le prix Goncourt aurait du revenir cette année à Olivier Adam pour son livre Falaises. Un petit bijou de littérature, un concerto pour piano à froid joué au fond d’un machin bleu tout seul… une merveille qui vous laisse au bord du gouffre la main dans la main avec votre maman. Derrière, la voix off qui racconte votre vie est celle de Jean-Pierre Bacri. Le texte est entrecoupé de soupirs, et on se surprend à penser que la tristesse du monde est ce qui nous reste de plus tordant.   

C'est Weyergans qui a reçu le prix. Mais bon, passons, on n’est plus à une erreur de casting près.

Ce même Olivier Adam est l’auteur d’un recueil de nouvelles intitulé Passer l’Hiver, aux éditions de l’Olivier. La première de ces nouvelles commence par la phrase « Pialat était mort et j’avais trop bu ». Je pourrais vendre ma mère pour un phrase pareille, mais je l’ai déjà vendue pour la phrase « Baisse la tête t’auras l’air d’un coureur ». Pardon maman.

Alors je me suis permis de lui emprunter sa phrase, comme ça, sans vouloir faire de tort. Et parfois, je me relis, et je rêve que je l'ai écrite. Et puis je pense à Adam, à Pialat et moi, en bleu au bord de la Falaise.

 

 

Pialat était mort et j’avais trop bu

Se déguste avec sagesse

C’est ce qu’il y a écrit dessus

Mais je n’ai plus que l’ivresse

Post coïtum animal déçu

 

Chez moi c’est cinéma Inferno

Les têtes de lecture de mes yeux

Commencent à s’user un peu

Comme Truffaut, fanatique de la vidéo

Télécommande en main

Je pleure comme un gamin

Nous ne vieillirons pas ensemble

Je le répète et j’ai le cœur qui tremble

Pialat soirée d’hommage

Pialat est mort dommage

 

Pialat était mort et j’avais trop bu

Se déguste avec sagesse

C’est ce qu’il y a écrit dessus

Mais je n’ai plus que l’ivresse

Post coïtum animal déçu

 

T’es partie Marlène j’en deviens barjot

Jobert aussi avait fait son paletot

Je le répète j’ai le cœur – à mi-mot-

J’ai le cœur qui fond en sanglots

 

 

Le canapé où je traîne est décharné

Le cuir IKEA c’est vachement bien imité

Y’a un essaim de mouches grises collées à ma télé

Ca me fout le bourdon je l’entends grésiller

Surtension partout je suis triste et énervé

Bon allez, j’éteins je vais me coucher

 

Pialat était mort et j’avais trop bu

Se déguste avec sagesse

C’est ce qu’il y a écrit dessus

Mais je n’ai plus que l’ivresse

Post coïtum animal déçu

 

Au plafond dans le noir par dessus mon lit

Y’a Jean Yanne qui pleure dans ses favoris

Tu vois bien qu’il peine quand tu l’as reçu

A te dire qu’il t’aime sans te cogner dessus

Ma pauvre Marlène à t’effrayer autant

Tu vieilliras c’est sur avant le temps

L’obturateur décline ma pupille s’égare

Je m’endors sous mes paupières dans le brouillard

 

L.V.










22:45 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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