06/01/2006

Walter Benjamin- et la fin d'un certain vingtième siècle

Port-Bou, frontière espagnole, le 25 septembre 1940. Un petit groupe de fuyards traverse la ceinture de rochers escarpés qui séparent Cerbère de Port-Bou. Parmi eux, l’écrivain juif allemand Walter Benjamin, qui avait déjà réchappé aux camps le 25 novembre 1939 grâce à l’intervention d’intellectuels français. Benjamin est alors un traducteur et un critique très estimé, et sa contribution à la révolution des lettres allemandes et européennes est emblématique. Mais il est juif, il est pourchassé, et sa peur est mêlée d’orgueil. Il ne supportera plus l’enfermement.

 

Quelques mois auparavant, il avait écrit à Arthur Koestler une lettre par laquelle il informait son ami de sa ferme intention de se donner la mort dans l’éventualité d’une nouvelle arrestation. A cette fin, Benjamin transporte dans une sacoche de cuir telle qu’en utilisent les négociants, et où se loge par ailleurs un manuscrit de sa dernière œuvre disparue, un grand nombre de cachets de morphine. Au poste frontière les douaniers espagnols lui refusent le visa, le juif Benjamin doit s’en retourner en France.

 

Durant la nuit du 25 au 26 Benjamin et les quelques personnes qui l’accompagnent sont hébergés dans une modeste auberge de Port-Bou. C’est dans une chambre du deuxième étage que Benjamin ingurgitera les treize cachets de morphine qui auront raison de lui. Il aurait pu vivre, il aurait pu traverser, aurait pu rejoindre la filière américaine dont il espérait la salvatrice intervention, mais il ignorait que seul quelques billets allaient suffire, dès le lendemain, à acheter les douaniers récalcitrants.

 

Walter Benjamin est le plus grand critique du XXème siècle littéraire – ce siècle là s’arrête en 1940 – il a traduit Proust en Allemand, été le plus grand commentateur des mouvements surréalistes français et de leurs incidences en Allemagne, un lecteur fou de Walser, Kafka, Baudelaire, Valéry, Brecht,… On lui doit à ce titre des centaines d’articles. Il est en outre un renommé théoricien de l’histoire, doublé d’un conteur délicat.

 

J’ai découvert W.B. par hasard. Je le lis partout, à tout moment, pièce par pièce. Son œuvre est morcelée comme les verrières des passages parisiens qu’il a longtemps racontées.

 

La plupart des écrits de W. B. sont disponibles en Folio chez Gallimard.

Lisez à son sujet « Tout le fer de la Tour Eiffel » de Michele Mari.     

00:56 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Marginal,W.B... ...et/car non universitaire . Quel destin !

Écrit par : framboise | 10/01/2006

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