02/12/2005

Valéry Larbaud. « Amants heureux amants », Stéphane Lambert, « Comme se dire d’un amour qu’il sera le dernier ».

 

Stéphane Lambert est mon ami. Quand je lui ai dit un soir, après une représentation de l’Opéra de Quat’sous, que j’avais lu son livre « Comme de se dire d’un amour qu’il sera le dernier » dont j’avais reçu un exemplaire par la voie postale, et que cette lecture m’avait fait penser étrangement à ce recueil raisonné de Valéry Larbaud « Amants heureux amants », il a paru surpris. Il n’avait pas lu Larbaud (l’as-tu fait depuis ?) et pourtant. Etrange : Amants heureux amants, paru en 1923, est également structuré en trois parties, trois histoires d’amour singulières. C’est un précis de mélancolie en trois scènes et l’auteur, en fin narrateur et grand témoin des mouvements littéraires de son temps, y met à profit les enseignements de Joyce relatifs au monologue intérieur. Le style de Larbaud n’existe pas, il s’éreinte à la passion qu’il a de se rendre au service des plus grands esprits de son temps et ceci entraîne d’inégales et de versatiles orientations de l’écriture. Il a le tempérament d’un cosmopolite espion puisqu’il vécut comme un agent infiltré dans toutes les capitales. Il est un traducteur réducteur de tête puisqu’il avait le don de mettre sous son coude la substance intellectuelle des plus vifs esprits qu’il pourchassait. Fidèle traître, puisqu’il n’est d’aucune école sinon celle de la passion, rassembleur puisqu’il contribua à réunir les continents (grand voyageur, il contribua à la découverte de la littérature hispano-américaine après avoir participé au rapprochement d’écrivains européens que seule la langue éloignait) et les époques (ses travaux critiques sur la littérature française du XVIIème siècle sont  très importants). Il a embrassé tous les messies nouveaux de la littérature de l’avant-guerre et « Amants heureux amants » est un excellent exemple de la polyphonie discordante de son œuvre. 

Mais la similitude avec le travail de Stéphane n’est que le fruit de ma propre obsession dévote de sujet des lettres… elle n’est due qu’à une impression de vague amertume laissée à l’issue de la lecture et à ces détails troublants : chacune des trois nouvelles est précédée d’une citation d’auteur, l’écriture est celle d’un écrivain sensible, dont on sent la plume émue et parfois bouleversée, toujours attentif à ne pas s’épuiser sur une phrase mélodique pour affronter encore une nouvelle sentence, toujours plus sévère, toujours plus amère, toujours plus enfouie dans la glèbe des mots. Et on creuse… on creuse encore… et on se couvre les mains de ces mots de poussier, de ces images qu’on dispose en remblais au bord du trou que l’on ouvre…page après page.

Et la musique se fait, de ces petites morts singulières dont l’amour fut tantôt le prélude, tantôt la partition, tantôt le point d’orgue, et la musique s’en reste et la musique s’en va.

 

J’ai lu « Comme de se dire d’un amour qu’il sera le dernier » dans les couloirs de l’université où il est bon d’emporter les mots d’un ami d’un autre monde… « Amants heureux amants », dans son édition Collection Blanche Gallimard, que l’on me pardonnera l’outre-pédance de préférer à celle de l’Imaginaire (un peu bâclée… pardon Saint Sébastien Bottin…) reposait sur l’étagère d’un bouquiniste très urbain de la Galerie Bortier à Bruxelles, j’ai eu envie de le fatiguer un peu... et l’ai lu dans le train ainsi que dans une chambre d’un hôpital où je servais de cobaye à une étude médicale.   

 

Valéry Larbaud, "Amants heureux amants", L'Imaginaire, Gallimard, Paris.

Stéphane Lambert, "Comme de se dire d'un amour qu'il sera le dernier, Collection Grand Espace Nord, Labor, Bruxelles, 2005.


01:21 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

é non Pas de "é" sur Valery comme Perec ou Clemenceau !!!!

Écrit par : pdf | 01/05/2006

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