29/11/2005

Dorothy Parker... mon idéal féminin.

 

Dorothy Parker est née enfant du ruché et de l’emmanchure raglan (entendez par-là que sa famille- de son vrai nom : Rotschild- était dans le textile). D’ailleurs, vous le verrez, il sera souvent question ici de chiffons.

Adepte de la rime, pour laquelle elle avait un talent consommé, elle la mit au service d’une poésie à son image d’écorchée vive. Elle trempa très tôt sa plume dans l’atrabile bien que son père lui fit la vie facile. Entourée de domestiques et de nurses, élevée comme une princesse orientale…Elle eut pourtant d’étranges mœurs, et un certain sens social. (ça y est, je suis contaminé…)  

 

Razors pain you;

Rivers are damp;

Acids stain you;

And drugs cause cramp.

Guns aren’t lawful;

Nooses give;

Gas smells awful;

You might as well live.

 

Sarcastique, caustique, cynique, alcoolique, acrimonieuse, maussade, mélancolique,…- un monochrome en somme : « Carré noir sur fond blanc » à la Malévitch- Dorothy est un esprit vif et ne s’en laisse pas conter. C’est même plutôt elle qui la raconte, et dès potron-minet même, maniant la plume comme un couteau à lettre. A vingt et un ans, elle s’oppose à son père, un très brillant homme d’affaire qui achète le silence de la police new-yorkaise afin de conserver le droit d’exploiter quelques clandestins, taillables et corvéables à merci. Emancipée, elle ne tarda pas à rejoindre New-York et à y mener une vie de bâton de chaise.

De fil en aiguille, elle acquiert une réputation de tailleuse de costard de premier choix et participe avec quelques autres esprits brillant de son temps, dont Robert Benchley, à l’invention d’une nouvelle forme de journalisme décapant dans le désormais célèbre New-Yorker. Elle connut quelques revers et pissait de la copie qui restait souvent sur le marbre (ses textes nombreux ne recevaient pas toujours l’accueil favorable des éditorialistes).  

Poète, dramaturge, journaliste, puis scénariste à Hollywood, Dorothy mène une vie décousue entre l’alcool, les hommes (qui lui causèrent plus de tort que la boisson, à dire vrai…) et les salons.

 

I do not like my state of mind;

I’m bitter, querulous, unkind.

I hate my legs, I hate my hands,

I do not yearn for lovelier lands.

I dread the dawn’s recurrent light;

I hate to go to bed at night.

I snoot at simple, earnest folk.

I cannot take the gentlest joke.

I find no peace in paint or type.

My world is but a lot of tripe.

I’m disillusioned, empty-breasted.

For what I think, I’d be arrested.

I am not sick, I am not well.

My quondam dreams are shot to hell.

My soul is crushed, my spirit sore;

I do not like me any more.

I cavil, quarrel, grumble, grouse.

I ponder on the narrow house.

I shudder at the thought of men…

I’m due to fall in love again.  

 

Elle fréquenta toute la galerie des années folles : de Fitzgerald aux Marx Brothers en passant par Hemmingway et Dashiell Hammet, et rendit célèbre un hôtel new-yorkais où elle séjournait et brisait de la vaisselle sans payer son loyer : l’Algoquin. C’est là qu’elle réunit autour d’elle les plus espiègles et les plus spirituels des intellectuels de la côte-est, pour de formidables beuveries autour d’une table ronde.

   

Je m’interdis, à dessein, de vous donner plus de détails sur sa vie rocambolesque et vous renvoie à l’excellente et palpitante biographie de Dominique de Saint Pern dont la lecture est un bonheur, ou encore au très exact film « Miss Parker and the Vicious Circle » avec la très brillante Jennifer Jason Leigh.

 

Ah, si… une dernière anecdote… A sa mort on trouva une lettre chez un notaire. Elle précisait que l’ensemble de ses biens devaient revenir à un mouvement de lutte pour les droits des afro-américains, et que son corps devait faire l’objet d’une incinération. Sur son urne elle désirait qu’on écrivît : « Pardon pour la poussière. »

 

 

J’ai découvert Dorothy Parker à travers le film « Miss Parker and the Vicious Circle », vu par hasard aux détours de bandes vidéos où figurait un autre film qu’un ami désirait que je voie… Les écrits de ce diamant noir sont rarement disponibles en français, c’est pourquoi je me suis procuré The Portable Dorothy Parker (Pléiade américaine du pauvre…) dans une librairie à New-York. J’ai dévoré sa prose et ses articles dans ma chambre d’hôtel, à deux pas de Central Station durant le mois de janvier dernier.

 

 

The Portable Dorothy Parker, Penguin Books, New-York.

Dorothy Parker, Mauvaise journée demain, 10/18, Paris.

Dorothy Parker, Articles et critiques, 10/18, Paris.

Dominique de Saint Pern, L’extravagante Dorothy Parker, Grasset, Paris.

Et  le film :  Miss Parker and the Vicious Circle de Alan Rudolph.





22:48 Écrit par Lucas Violin | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Êtes-vous toujours là? Je découvre aujourd'hui vos commentaires sur Dorothy Parker. Un vrai délice. Vos choix de textes et votre humour lui auraient certainement convenu. Au plaisir de vous lire...

Écrit par : Claudia | 03/06/2008

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